Peur des représailles
Au procès, ce garçon, désormais majeur, placé sous curatelle et accueilli dans un foyer du canton, explique aux juges avoir accepté le voyage pour mendier et faire de l’argent. Mais les choses se sont mal passées. Placé devant des endroits stratégiques, la poste ou l’Hôpital, surveillé, dépouillé de ses gains à la fin de chaque journée, frappé si la collecte semble trop maigre, Teodore a été, selon la formule de Me Boris Lachat, son conseil, «réduit en esclavage».
Les trois tyrans, dont le procureur Frédéric Scheidegger espère faire un exemple dans cette lutte assez inefficace contre la mendicité, semblent dépassés par les enjeux de cette affaire. Il y a Costel, le cousin, 25 ans, qui assure n’avoir fait que garder l’argent avec l’intention de le remettre à son protégé dès leur retour au pays. Sa femme, Cristina, 30 ans, qui dit n’avoir rien contrôlé et reçu elle-même quelques coups pour recette insuffisante. Et sa mère, Ana, 55 ans, sorte de professionnelle du sanglot.
Ce sont d’ailleurs les pleurs de cette dernière qui ont poussé Teodor à vouloir retirer sa plainte. Il a finalement maintenu ses déclarations malgré son regret d’avoir envoyé ce trio en prison et surtout sa peur des représailles. «J’ai été menacé. Si je rentre en Roumanie, je suis mort», déclare le jeune homme. Des compatriotes, croisés sur la plaine de Plainpalais, lui ont d’ailleurs proposé de lui offrir le voyage retour. Et cela l’a plutôt inquiété.
«Proie tentante»
Son curateur a témoigné de grands progrès. Le jeune a compris que les autres ont mal fait de lui prendre son argent, il s'essaye à la langue française et il rêve de travailler à la voirie. Au pays, il faisait les poubelles de deux quartiers avec son paternel. Un père qu’il a réussi à contacter par téléphone. «Il m’a demandé de l’argent alors j’ai raccroché», regrette Teodor.
Aux yeux du Ministère public, ce garçon faible était une «proie tentante» pour les prévenus qui voulaient tester un modèle rémunérateur. Ils ont traité leur victime comme une marchandise. Son consentement n’y change rien car elle était trop vulnérable.
Consentement en question
Pour «marquer le coup», le procureur Scheidegger a requis une peine de 3 ans et demi contre Costel, celui qui a joué «un rôle clé», a agi par métier et sans manifester le moindre scrupule. Le parquet a également demandé une peine de 3 ans avec sursis partiel contre la mère, qui savait tout mais n’a pas fait preuve de violence, et une peine de 1 an avec sursis complet contre la femme de Costel.
Pour la défense, représentée par Mes Matthieu Gisin, Christel Burri et Giovanni Curcio, les conditions de la traite d’êtres humains ne sont pas remplies. Les prévenus, qui ont passé 319 jours en détention provisoire, sont eux-mêmes des mendiants qui survivent grâce à cette activité. Mais surtout, Teodor voulait venir à Genève et n’a jamais déclaré avoir été contraint à la mendicité. Les juges livreront leur lecture de ce singulier contrat ce mardi.