«Nous voulons que, dès demain, plus personne ne puisse dire: je ne savais pas de quoi il s’agissait.» Ce sont les mots de Nathalie Fontanet, conseillère d’Etat genevoise chargée du Département des finances et des ressources humaines, au sujet du harcèlement sexuel au travail.

L’Etat de Genève et le Bureau de promotion de l’égalité et de prévention des violences de Genève (BPEV) ont présenté mardi plusieurs outils destinés à lutter contre ce problème, alors qu’en Suisse près d’une femme sur trois et un homme sur dix sont victimes de harcèlement sexuel au cours de leur vie professionnelle.

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«Ce n’est pas une réaction à l’actualité»

Nathalie Fontanet anticipe les remarques: «C’est une démarche initiée en 2019, ce n’est pas une réaction à l’actualité», souligne-t-elle. Le premier outil présenté, un e-learning, a été développé par l’Etat de Genève, pour un coût de 33 000 francs, dont 9000 financés par la ville de Genève. Accessible en ligne donc, cette formation d’une trentaine de minutes propose de la théorie mais aussi différentes mises en situation où il s’agit de se mettre à la place d’une personne concernée, d’un témoin, de l’auteur du harcèlement et d’un représentant de l’employeur.

Les PME, notamment, ont souvent envie d’agir contre le harcèlement, mais elles n’ont pas forcément les ressources

Anne Saturno, chargée de projet au BPEV

L’idée: prendre conscience de ce qui est constitutif du harcèlement pour mieux le prévenir. Cette phrase reviendra plusieurs fois au cours de la présentation des outils: c’est le ressenti de la victime qui compte, pas l’intention de l’auteur. «Souvent, les personnes ne savent pas exactement en quoi consiste le harcèlement. Ce n’est pas seulement des attouchements, ce peut aussi être des blagues sexistes, développe la magistrate. Les victimes ont peur de passer pour des rabat-joie, on leur dit que c’est pour rigoler, qu’elles n’ont pas d’humour, etc. Nous avons un cadre légal, le harcèlement est bien sûr interdit, mais les remarques et gestes déplacés restent une réalité et sont aujourd’hui considérés comme des actes graves.»

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Ainsi, l’Etat de Genève rend désormais obligatoire cet e-learning pour tous ses employés. Des contrôles pour s’assurer de son suivi seront effectués. En tant que plus grand employeur du canton avec ses 18 000 collaboratrices et collaborateurs, l’Etat veut «être un modèle». Une formation plus approfondie des ressources humaines est aussi prévue.

Un kit gratuit et en quatre langues

Mais cette formation se destine au monde du travail bien au-delà des frontières cantonales. Cet outil fait ainsi partie d’un kit de prévention clé en mains également présenté mardi, et destiné à toutes les entreprises et organisations suisses. Traduit en quatre langues et téléchargeable gratuitement, il a été piloté par la Conférence suisse des délégué-e-s à l’égalité (CSDE) et mené sous l’égide du Bureau de promotion de l’égalité et de prévention des violences de Genève (BPEV). Le coût du kit, 134 500 francs, a été financé par le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes.

«Les PME, notamment, ont souvent envie d’agir contre le harcèlement, mais elles n’ont pas forcément les ressources», précise Anne Saturno, chargée de projet au BPEV. Ainsi, les entreprises auront accès à des films de sensibilisation, à des fiches personnalisées pour la direction, pour les ressources humaines et pour les employés, afin de montrer à chacun les différentes actions possibles.

Mais ce matériel en ligne est-il suffisant pour passer de la théorie à la pratique quand il s’agit de cas de harcèlement? «Bien sûr qu’il faut sensibiliser et former de façon régulière, cela ne peut pas avoir lieu qu’une seule fois, répond Anne Saturno. L’utilisation de ce kit doit aussi être accompagnée par un dispositif beaucoup plus large. Par exemple à travers la mise en place d’une personne de confiance à qui s’adresser dans l’entreprise, et à travers une série de mesures pour faire cesser des comportements problématiques. Ce kit et cet e-learning représentent des outils parmi d’autres.»