Un lit, un duvet, une table de chevet, et les sanitaires en commun. Le nouveau lieu de répit humanitaire, dans un hangar désaffecté de Plan-les-Ouates, offre de quoi passer la nuit et se débarbouiller. Rien de plus, rien de moins. Alignées contre les murs, les mini-chambres de 3 m² sont séparées entre elles par de fines cloisons, et voilées de rideaux verts, bleus ou rouges. De quoi contraster avec le gris du sol en béton, mais surtout offrir une précieuse parcelle d’intimité à ceux qui n’ont pas de toit, et souvent pas de droits.

Voilà le nouveau centre genevois de l’hébergement d’urgence. Tout est allé très vite dans cette ancienne brocante du Centre social protestant (CSP): en mai, le CSP déménageait à Tourbillon, près de Bernex; en juin, des ouvriers s’affairaient à réhabiliter les lieux; le 4 juillet, les premiers sans-abri dormaient dans la structure, qui peut accueillir 45 personnes, uniquement des hommes, de 19h à 10h, sans aucune condition mais au maximum pour 60 jours.

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«Ce lieu ne suffit pas»

Ce lundi, après près de trois mois d’activité, les protagonistes du projet présentaient officiellement le lieu. «Nous avons beaucoup de joie et de fierté à vous présenter ce chaînon manquant au dispositif genevois», s’est enthousiasmé Fabrice Roman, président du Collectif d’associations pour l’urgence sociale (CausE), sans fanfaronner pour autant: «Il y a encore un nombre trop important de personnes qui dorment dehors dans ce canton. On est heureux et satisfaits du succès de ce lieu, mais il ne suffit pas.»

Ce printemps, les communes, la ville de Genève et le canton se sont en effet écharpés sur le financement de l’hébergement d’urgence, alors que la nouvelle loi sur l’aide aux personnes sans-abri (LAPSA) a été mise sous toit l'automne dernier. Conséquence: début avril, alors que l’hiver faisait un come-back glaçant, 200 places d’accueil ont été supprimées, sur les 580 que comptait le canton. Depuis, un financement d'urgence de 6,2 millions a pu être débloqué par l'Association des communes genevoises (ACG). Mais la ville de Genève et les communes attendent toujours du canton qu’il mette sur pied son règlement d’application.


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Urgence sociale

L’avenir du «lieu de répit humanitaire» est suspendu à cette décision qui doit encore arriver. Financée par l’ACG jusqu’au 31 décembre de cette année (budget de 850 000 francs), la structure n’a pas encore les crédits pour assurer un fonctionnement jusqu’à l’été prochain, date à laquelle le CSP, propriétaire des locaux, réinvestira le hangar.

Ces hésitations politiques tombent au plus mal, alors que la pandémie a laissé des traces: «Depuis le covid, on constate une précarisation de ces populations mal loties, rapporte Olivia Bornand, coordinatrice du lieu. On voit beaucoup de nouveaux visages, et pas seulement des migrants.» Malgré les températures douces depuis son ouverture, la structure doit refuser entre 20 et 30 personnes par jour. Une situation similaire à Lausanne, où toutes les structures sont saturées, et où les réponses institutionnelles tardent à se concrétiser.

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A ce titre, la nouvelle structure montre une chose: quand on veut, on peut. Et vite. En attendant que communes, ville de Genève et canton accordent leurs violons, le «lieu de répit humanitaire» s’est donné une nouvelle mission, autrement plus concrète: offrir le repas du soir aux bénéficiaires, qui pour l’instant n’ont que la possibilité de mettre au réfrigérateur leurs propres victuailles.