A Genève, l’ouverture dominicale des commerces enflamme à nouveau le débat politique. Après une période d’essai de deux ans, le Conseil d’Etat, récemment suivi par le Grand Conseil, souhaite ancrer dans la loi l’ouverture des magasins trois dimanches par an en plus du 31 décembre et étendre les horaires le samedi de 18 à 19 heures. En échange, l’arrêt des nocturnes le jeudi, peu concluantes financièrement, est prévu. Inacceptable pour les syndicats, qui lancent à nouveau un référendum avec l’aide de la gauche. Cela avait déjà été le cas en 2018 lors de la phase test, finalement acceptée par la population à 52,53%.

La réforme des horaires d’ouverture des magasins est sur la table à Genève comme ailleurs. Dans le canton de Berne, les citoyens ont refusé récemment de passer de deux à quatre dimanches ouverts par année. Avec son projet de loi, le Conseil d’Etat genevois vise à lutter contre le tourisme d’achat et la concurrence d’internet. Des compensations financières et en temps de repos seront octroyées aux employés volontaires pour travailler le dimanche.

Un «dangereux précédent»

Bien déterminés à ne pas laisser passer ce «dangereux précédent», les référendaires ont sonné mardi l’offensive contre une «loi honteuse», construite «sur le dos des salariés pour relancer l’économie». Vendeuse et militante syndicale, Maria dénonce des conditions de travail de plus en plus dégradées. «Finir à 19h le samedi, jour le plus fatigant de la semaine, équivaut à anéantir toute vie de famille», lâche-t-elle. Pire, la loi n’aura selon elle aucun effet sur le tourisme d’achat. Quid des compensations offertes? «Le principe du volontariat n’est pas viable dans les petites structures, estime-t-elle. Refuser de travailler le dimanche, c’est prendre le risque d’être mis sur liste noire.»

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Pour Pablo Guscetti, responsable commerce de détail au syndicat Unia Genève, le patronat n’a eu de cesse, avec l’appui de la droite, de détériorer les horaires des quelque 14 000 vendeurs que compte le canton ces dernières années. «En 2016, la population a accepté d’ouvrir les magasins trois dimanches par année pour autant qu’une Convention collective de travail (CCT) soit instaurée, rappelle-t-il. Or aujourd’hui, ce n’est pas le cas.» Une CCT existe en réalité pour la branche mais elle n’est pas obligatoire. «Après une période expérimentale, le Conseil d’Etat veut passer en force», déplore Davide de Felippo, président de la communauté genevoise d’action syndicale. Il souligne que la réforme aura un impact sur les services corollaires comme la livraison, le nettoyage ou encore la sécurité.

«Agir sur le pouvoir d’achat»

A gauche, les élus serrent les rangs autour des syndicats. Député d’Ensemble à gauche, Pablo Cruchon dénonce une «attaque indigne envers les collaborateurs qui ont été au front durant toute la crise». Soucieux de promouvoir le commerce de proximité, le Vert Pierre Eckert juge toutefois que la consommation ne doit pas être un «but en soi». Sur le fond, l’effet des ouvertures dominicales sur les ventes est contesté. «Les études réalisées sur la concurrence avec la France voisine montrent que les horaires ne jouent aucun rôle, souligne le socialiste Romain de Sainte Marie. Ce qui fait la différence, c’est le prix. Il faut donc agir sur le pouvoir d’achat.»

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Face aux critiques, le conseiller d’Etat Mauro Poggia dénonce un combat dogmatique et jusqu’au-boutiste. «La meilleure façon de protéger les employés, c’est de protéger leurs emplois», affirme-t-il, excédé par la «malhonnêteté intellectuelle» des référendaires. «Les syndicats font de la convention collective un enjeu crucial, mais en réalité elle ne concerne que les salaires et n’aurait donc rien changé dans ce débat.» La phase de test a-t-elle vraiment été concluante? «L’Etat n’a pas à s’immiscer dans la comptabilité des entreprises, rétorque le magistrat. En revanche, il doit donner à l’économie les moyens de se battre.» Alors que les syndicats craignent que le principe du volontariat ne soit pas respecté, Mauro Poggia affirme que l’Etat sera très attentif aux abus. L’arrivée de la Verte Fabienne Fischer à la tête de l’Economie aurait-elle pu changer la donne? La gauche a demandé l’ajournement des débats parlementaires dans ce but. En vain.