Un obstacle de moins, mais une route encore longue pour la Cité de la musique. Mercredi, le Conseil municipal de la ville de Genève a donné son aval au plan localisé de quartier (PLQ) devant permettre la réalisation d’un ambitieux ensemble culturel consacré à la musique et à son enseignement, ainsi que d’un parc public dans le quartier des Nations. Cela grâce à une majorité hétéroclite composée du PS, du PDC, du PLR et du MCG. Pas de quoi décourager les opposants – des associations de préservation du patrimoine bâti et arboré, des associations d’habitants et des politiques – qui prévoient de lancer un référendum contre un projet jugé démesuré, coûteux et mal situé.

Brandi dès le départ comme une menace potentielle, le référendum n’effraie pas Bruno Mégevand, père du projet démarré en 2014 et président de la Fondation pour la Cité de la musique. L’étape du législatif communal franchie, il s’agit désormais pour lui de convaincre la population que le projet est une «aubaine à saisir» pour Genève. «Nous allons fournir un grand travail de sensibilisation et d’information pour casser l’image d’élite que nos détracteurs nous attribuent à tort», affirme-t-il. Première étape de cette opération pédagogico-séductrice: dix panneaux explicatifs installés sur la plaine de Plainpalais qui racontent la genèse de la Cité de la musique.

Démocratiser la musique classique

A l’heure des questions, Bruno Mégevand, plus déterminé que jamais, a réponse à tout. L’entre-soi bourgeois? Un «faux procès», rétorque-t-il, l’objectif de la Cité de la musique étant au contraire de «rendre accessible la musique classique, et bien d’autres, au plus grand nombre et de fournir une formation musicale professionnelle». La destruction du patrimoine? «Encore une critique injustifiée», estime-t-il, soulignant que la villa des Feuillantines, située sur le périmètre, est jugée «intéressante mais pas indispensable» par un récent rapport d’expert. Quant à la viabilité financière, Bruno Mégevand estime qu’il faut procéder dans l’ordre: «L’ouverture de la Cité n’est prévue que pour 2025, rappelle-t-il. Le budget de fonctionnement, devisé dans une première esquisse à 13 millions de francs, n’est certes couvert qu’à moitié pour l’instant, mais il nous reste du temps pour négocier avec le canton et trouver des financements annexes.» Il ajoute que le nouveau bâtiment, estimé à 300 millions de francs et financé par des mécènes, ne coûtera pas un centime à la collectivité genevoise, alors même qu’il abritera la Haute Ecole de musique, entité publique, ainsi que l’Orchestre de la Suisse romande.

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Des arguments qui ne convainquent pas Leïla el-Wakil, historienne de l’art et figure du mouvement Contre l’enlaidissement de Genève. Au lendemain du vote au Municipal, la militante s’applique à réunir les forces en vue d’un référendum groupé. «L’heure n’est plus aux projets mégalos, il s’agit avant tout d’utiliser le patrimoine immobilier existant et de préserver l’identité architecturale genevoise», plaide-t-elle. A ses yeux, la propriété des Feuillantines, construite dans les années 1880 par Gustave Brocher, n’est pas seulement intéressante, elle est «exceptionnelle».

Front politique bigarré

Sur le plan politique, les associations de défense du patrimoine bâti et arboré pourront compter sur un spectre politique alliant l’UDC, Ensemble à gauche et les Verts, même si tous ces partis doivent encore prendre position officiellement en assemblée générale. Un front multiple qui fait penser à celui qui avait réussi à faire couler le projet de rénovation du Musée d’art et d’histoire en 2016. Autre élément similaire: la présence de fonds privés qui suscitent souvent la méfiance de la population. Alors que seules 3200 signatures sont nécessaires pour valider un référendum en ville de Genève, un vote populaire est probable.

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Une perspective qui réjouit la Verte Delphine Wuest, cheffe de groupe au Conseil municipal, pour qui la Cité de la musique est un projet séduisant mais pas indispensable. Même son de cloche chez l’UDC Eric Bertinat, inquiet d’un futur report de charges sur la ville, le montage financier n’étant pas abouti.