Migration 

A Genève, une association s'inquiète du sort des migrants mineurs 

Le collectif Perce-Frontières dénonce les conditions d’accueil des mineurs non accompagnés à Genève. Le Département de l’instruction publique promet un nouveau lieu d’hébergement et un encadrement journalier dès septembre

Logement inadapté, formation inexistante, encadrement lacunaire: le collectif Perce-Frontières dénonce la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA) à Genève. Pour la plupart originaires du Maghreb et par conséquent non candidats à l’asile, ces jeunes migrants au parcours chaotique seraient plus d’une trentaine à vivre avec une aide d’urgence de 300 francs par mois, livrés à eux-mêmes et sans perspectives.

Pour alerter les autorités, une manifestation a eu lieu lundi à 18h devant les locaux du Service de protection des mineurs, qui exerce un rôle de curatelle auprès de ces adolescents sans papiers. La semaine dernière, en marge du «tournoi antiraciste», certains d’entre eux ont adressé une lettre ouverte à la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta avec une liste de revendications. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir l’UDC, outrée par les demandes de personnes «entrées illégalement en Suisse et entretenues depuis lors aux frais du contribuable».

Associations préoccupées

Le sort des MNA préoccupe les associations d’aide aux migrants depuis plusieurs mois. Contrairement aux mineurs requérants d’asile, les MNA ne bénéficient d’aucune procédure d’accueil spécifique. Logés à l’hôtel, ils ne disposent que d’un encadrement minimaliste, de 11h à 14h, assuré par l’association Païdos et financé par l’Etat. En dehors de ces horaires, rien n’est prévu. Une situation intenable longuement débattue lors des assises des MNA ce printemps: une résolution sera transmise au Conseil d’Etat fin août.

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Dans leur lettre à la cheffe du Département de l’instruction publique (DIP), les jeunes revendiquent le droit à «un lieu de vie sain, sécurisant et épanouissant». Actuellement logés dans un hôtel du centre-ville non spécialisé dans l’accueil de personnes vulnérables, ils dénoncent le manque d’intimité, l’insalubrité ou encore les remarques xénophobes subies de la part du gérant. «L’hôtel, c’est la pire des choses. Si j’y suis resté, c’est par obligation, parce que je ne veux pas rester dehors», raconte Sofiane, arrivé en Suisse à l’âge de 15 ans, dans un témoignage recueilli par Perce-Frontières.

«Arrestations racistes»

Au-delà des conditions d’hébergement, c’est l’absence d’activité qui mine le quotidien de ces mineurs en déshérence qui réaffirment leur désir d’apprendre et de s’intégrer. «Nous ne demandons pas la lune, juste d’avoir accès à un droit fondamental, l’éducation.» Autre grief évoqué: les «arrestations racistes» et autres «contrôles intimidants et violents» de la part de la police dont ils affirment faire l’objet. Ils réclament des permis provisoires pour s’en protéger.

Nouvel hébergement en septembre

Face aux critiques, le DIP réaffirme sa préoccupation. Il annonce l’ouverture d’un nouveau lieu d’hébergement d’urgence pour septembre, accompagné d’une prise en charge éducative durant la journée, en collaboration avec une association. «Cela permettra, nous l’espérons, de mieux répondre aux besoins de ces jeunes», précise Anne Emery-Torracinta, qui rappelle néanmoins que l’accueil des MNA concerne plusieurs départements, les enjeux étant non seulement sociaux, mais aussi sanitaires et sécuritaires.

Pour faire face, une délégation aux migrations (composée de Mauro Poggia, Thierry Apothéloz et Anne Emery-Torracinta) a été créée sur proposition du DIP. Elle doit «déterminer rapidement et en coordination avec les trois départements des solutions de prise en charge pour les jeunes MNA», détaille la magistrate. En ce qui concerne leur vœu de scolarisation, il reste indissociable d’une demande d’asile.


Rectificatif: Contrairement à ce qui était mentionné précédemment, Sofiane n'est pas arrivé en Suisse à l'âge de 5, mais de 15 ans. 

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