Genève

A Genève, une évacuation d’urgence qui ouvre un gouffre de questions

Le déménagement forcé des adresses 89-91-93, rue de la Servette a été annoncé à ses occupants mercredi soir. Des raisons de sécurité le justifient. Elles datent de la construction de cet ensemble de logements et de commerces, en 1964. Un immeuble voisin fera l’objet d’investigations

L’urgence datait de 1964. Elle n’a été repérée que récemment, à la faveur d’un projet de travaux. L’immeuble qui regroupe les adresses 89-91-93, rue de la Servette est construit sur des dalles dont l’état «peut être considéré comme proche d’une ruine». Ce défaut remonte à 1964, date de la construction de cet ensemble. C’est le constat alarmant que dresse le rapport d’expertise daté du 26 septembre sur lequel s’est basé le propriétaire pour demander aux 75 locataires de quitter leur logement d’ici au mercredi 9 octobre.

L’annonce leur a été faite mercredi soir. En parallèle, les employés de la Migros qui trône au rez-de-chaussée étaient informés que le magasin allait fermer sans délai. Denner et Mc Donald’s ont observé la même prudence. Les salariés de Migros ont été dispatchés dans d’autres grandes surfaces. Les clients devront monter à Balexert ou descendre à la gare pour remplir leur caddie. Plus grave: plusieurs professionnels sont sur le point de perdre leur gagne-pain en même temps que leur local.

Lire aussi: Evacuation d’urgence d’un immeuble qui risque de s’écrouler depuis 1964

Bien au-delà de la Servette, les questions s’empilent. Certaines des réponses sont dans le rapport d’ingénieurs que nous avons consulté. La surélévation des immeubles sis aux 89-91 n’est pas la cause de l’état des dalles, dit le document. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la procédure d’autorisation inclut une évaluation de la solidité verticale du bâtiment mais pas de sa solidité horizontale. Faut-il changer les règles? L’Etat, interrogé, n’en a pas l’intention. Les spécialistes consultés se perdent en conjectures. La question d’une modification législative ne manquera pas de se poser.

Et maintenant?

Propriétaire des adresses 89-91, rue de la Servette, La Foncière Investissements Fonciers SA possède de nombreux immeubles. Cet avantage va permettre de trouver des logements de substitution aux malheureux qui doivent déguerpir sans tarder. Les investigations menées par les ingénieurs ont permis d’entrer en contact avec les descendants des responsables de la construction, en 1964. La Foncière ne pourra cependant se retourner contre personne: la prescription est atteinte.

L’Etat va-t-il faire vérifier les dalles des immeubles érigés dans les années 1960? Réponse officielle: c’est aux propriétaires de veiller à l’état de leurs biens. Interrogée, La Foncière indique ne pas avoir l’intention de lancer une telle action.

Sondages à l’avenue Wendt

L’adresse du 56-60, avenue Wendt est perpendiculaire à l’ensemble évacué. Ici, des coups de sonde seront bien donnés. Selon un porte-parole de la gérance Apleona Genève, chargée de cette adresse: «Les immeubles voisins ne comportent en l’état pas de risque apparent. Néanmoins, à titre préventif et par mesure de précaution, les propriétaires de ces immeubles ont mandaté des bureaux d’architectes et d’ingénieurs pour investiguer et tirer au clair la situation dans les plus brefs délais.»

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