Un responsable médical est nommé à la tête de Curabilis afin de sortir ce complexe carcéralo-thérapeutique de la cacophonie et tenter d’apaiser les tensions avec le pénitentiaire. C’est le professeur Panteleimon Giannakopoulos, forte personnalité faisant autorité en psychiatrie, qui a été désigné pour chapeauter les soins destinés aux délinquants perturbés et potentiellement dangereux. Il devra aussi penser l’avenir de cette structure soumise à d’importantes pressions et proposer un modèle qui rassure les politiques.

La création de ce nouveau poste a été annoncée lundi par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) qui ont visiblement décidé de renforcer leur implication plutôt que d’abandonner le navire et le combat. La nomination du professeur Giannakopoulos a été approuvée par les conseillers d’Etat Mauro Poggia et Pierre Maudet, respectivement chargés de la Santé et de la Sécurité, dont les services arpentent ce même terrain miné avec plus ou moins de quérulence.

Démarrage chaotique

Inauguré en avril 2014, soit six mois après le drame de La Pâquerette, Curabilis, vaisseau encore semi-fantôme de 92 places, a vécu un démarrage chaotique. La profonde remise en question du système, en particulier le suivi des condamnés, l’évaluation des risques ainsi que les rôles respectifs de la sécurité et de la santé en matière pénitentiaire, a été source de blocage et de méfiance réciproque.

Le «sauveur» n’occulte d’ailleurs pas l’ampleur du malaise et l’opposition des cultures. Panteleimon Giannakopoulos explique s’être fixé comme priorité «d’amener de la sérénité, de la rigueur et de la cohérence». Il souhaite que Curabilis puisse enfin parler d’une seule voix tout en évitant les tiraillements entre départements. «Il faudra aussi rassurer les soignants qui sont confrontés à des pathologies graves et qui travaillent dans un contexte où ils se sentent très exposés par les soubresauts médiatiques», ajoute-t-il.

Doser soins et sécurité

La crédibilité et l’expérience du professeur seront certainement un atout. Lui-même ne vient pas, dit-il, pour «alimenter les conflits» mais pour «faire des propositions qui ont du sens». Ce sera la deuxième étape de sa mission. Rendre un rapport d’ici l’été qui formulera des recommandations pour l’organisation future et le dosage souhaitable entre soins et sécurité. L’enjeu est de taille. Deux nouvelles unités de mesures doivent entrer en fonction prochainement et le pavillon de sociothérapie, devenu une sorte de mirage, attend aussi d’ouvrir.

Il y en a un qui semble soulagé de sortir de la confrontation même si cette nouvelle organisation lui retire un gros morceau. C’est le docteur Hans Wolff, responsable d’un Service de médecine et de psychiatrie pénitentiaires tout juste unifié, dont ne dépendra désormais plus Curabilis. «C’est une très bonne chose que les HUG consacrent des moyens adéquats et si nécessaires à cette structure. Cela permettra d’améliorer la confiance du pénitentiaire envers leurs partenaires de la santé». Une étape nécessaire dans un univers qui reste extrêmement compliqué.