Prêter serment au temps du Covid-19. Telle est l’expérience peu commune que s’apprêtent à vivre les 137 nouveaux élus municipaux genevois le 27 mai prochain. Le lendemain, ce sera au tour des 498 magistrats du pouvoir judiciaire. Afin de répondre aux exigences sanitaires, l’organisation des deux cérémonies a été revue de fond en comble. En temps normal, ces événements réunissent plus de 1000 personnes à la cathédrale Saint-Pierre, entre familles, amis et personnalités politiques. Cette année, les prestations de serment se tiendront à huis clos, sans invités.

Après des élections municipales éclipsées par la pandémie, le second tour ayant eu lieu à la veille du pic, les nouveaux élus auraient pu espérer une entrée en fonction en grande pompe. Il n’en sera rien. «Afin de limiter le nombre de personnes présentes simultanément dans la cathédrale et de respecter la distance sociale de deux mètres, les élus prêteront serment par groupes successifs, en deux fois pour la prestation des exécutifs communaux et en sept fois pour celle des magistrats du pouvoir judiciaire», fait savoir la Chancellerie, qui prévoit également une prestation de serment complémentaire pour les magistrats malades, en quarantaine ou présentant des symptômes. Pourquoi ne pas avoir reporté la cérémonie à cet automne? «Les prestations de serment sont régies par plusieurs dispositions légales, répond la Chancellerie. Le report à une date ultérieure aurait impliqué des dérogations à ces dispositions légales sans garantie sur l'évolution de la situation sanitaire.»

«Rite de passage»

De quoi estomper le charme et l’émotion du moment? «Tout le processus d’élection s’est déroulé dans un contexte étrange, relève la Verte Frédérique Perler, nouvelle élue au Conseil administratif de la ville de Genève. Il faut s’adapter à cette nouvelle réalité. Heureusement, le lieu symbolique demeure, de même que l’écharpe jaune et rouge qu’il faudra porter.» Sans apéritif sous les canons ni cortège en liesse, l’entrée presque anonyme dans le costume de magistrate génère toutefois une certaine solitude. «On a le sentiment d’arriver un peu par effraction dans notre nouvelle fonction, note Frédérique Perler. L’absence de contact avec la population nous prive du rite de passage qui confirme notre légitimité, au-delà du résultat des urnes.» Maigre consolation, la cérémonie sera retransmise en direct sur Léman Bleu.

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Un «casse-tête»

Président du Grand Conseil, François Lefort s’est attelé à reconfigurer la cérémonie du 28 mai en concertation avec le médecin cantonal et le secrétariat du pouvoir judiciaire. Un «casse-tête». A l’arrivée, le dispositif comprend sept groupes, des entrées et sorties minutées, des élus numérotés qui devront s’asseoir à des places définies dans la cathédrale. «On perd évidemment en public, en décorum symbolique, mais les discours sont maintenus, note le député écologiste. Les magistrats prêteront serment devant le Grand Conseil en délégation restreinte, seuls les membres du bureau et les chefs de groupe seront présents.»

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