Déchets

Genève va se doter d’une usine d’incinération à 255 millions

Le site actuel des Cheneviers sera remplacé par un centre plus petit et plus fonctionnel. La production de déchets devrait continuer à diminuer sur la prochaine décennie

Genève aura une usine d’incinération nouvelle génération. La structure actuelle des Cheneviers (Aire-la-Ville) sera bel et bien remplacée, ont annoncé jeudi les Services industriels de Genève (SIG) et les autorités genevoises. Une usine redimensionnée et plus performante verra le jour sur le même site à l’horizon 2022. Plus petite, elle devrait correspondre à l’évolution attendue de la production des déchets.

Le paradoxe helvétique

Alors que la masse des déchets diminue dans toute la Suisse (grâce notamment à la taxe au sac), la plupart des usines sont à présent en surcapacité. C’est le cas de Genève qui produit actuellement 212’000 tonnes de détritus. L’usine des Cheneviers dispose toujours d’une capacité d’incinération de 350’000 tonnes, malgré la fermeture d’un four en 2010. La décision des 60 communes de La Côte d’envoyer deux tiers de leurs déchets à Lausanne plutôt qu’à Genève n’y arrangera rien. C’est le paradoxe helvétique: la production de déchets diminue malgré l’augmentation de la consommation.

L’exécutif genevois a ainsi retenu l’hypothèse d’une masse de détritus ramenée à 180’000 tonnes pour la prochaine décennie. Ce schéma implique donc une augmentation du taux de recyclage de 45 à 60% sur le canton. «Le potentiel est énorme, indique la conseillère d’Etat Michèle Künzler. Un tiers de nos déchets serait facilement recyclable aujourd’hui. On trouve encore trop souvent du papier ou du verre dans la poubelle.»

L’usine actuelle des Cheneviers – la troisième du nom – avait été mise en service en 1993. «On avait vu les choses en grand à l’époque. Seuls les Verts s’étaient opposés à ce projet», rappelle Michèle Künzler. Vétuste, la structure affiche les coûts d’exploitation les plus élevés de Suisse. Son déficit avoisine les 12 millions de francs par an. «Tous les scénarii ont été envisagés pour le futur, y compris celui de ne pas avoir d’usine d’incinération à Genève. Mais l’exportation de nos déchets dans d’autres régions était invivable politiquement et éthiquement incorrecte», explique Catherine Kuffer, présidente de l’Association des communes genevoises.

Diminution des effectifs de moitié

Le coût de la nouvelle usine des Cheneviers devrait atteindre 255 millions de francs et sera entièrement supporté par les SIG. La taxe d’incinération grimpera toutefois (temporairement) de 5% dès l’année prochaine afin de réduire les pertes de l’installation actuelle et soutenir le nouveau projet. De plus, d’autres mesures immédiates ont été prises comme la diminution progressive des effectifs. La technologie devrait faciliter cette évolution. «Grâce au non-renouvellement des départs à la retraite, nous espérons passer de 107 employés sur le site actuel à 50 d’ici à 2022», avance Alain Peyrot, président du conseil d’administration des SIG.

En outre, le prix de vente de l’énergie thermique issue des incinérateurs augmentera progressivement. «Une usine d’incinération n’est pas qu’un facteur de nuisance. C’est une formidable ressource d’énergie, une véritable mine urbaine. La nouvelle usine participera de cette stratégie de valorisation des déchets», s’enthousiasme Michèle Künzler. En 2020, la nouvelle usine des Cheneviers pourrait subvenir aux besoins énergétiques de 80’000 à 100’000 personnes.

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