Genève: «On va payer demain ce qu’on épargne aujourd’hui»

Grand pourfendeur des assureurs maladie et de la politique de santé, le conseiller d’Etat Mauro Poggia reste offensif malgré la hausse genevoise des primes d’une modestie jamais vue dans le canton, à 0,5%. Avec cependant des différences marquées selon les caisses. Certaines baisseront leurs primes, (comme Helsana, de 9 francs par mois sur la prime de base), d'autres les augmenteront (Assura de 23 francs par mois, Supra (Groupe Mutuel) de 18 francs). «On essaye de nous faire croire, à l’approche des élections fédérales, qu’on maîtrise le sujet, estime le ministre. Pourtant, malgré la satisfaction d’Alain Berset, on ne maîtrise rien. On sait que les coûts ont recommencé à prendre l’ascenseur au premier semestre de cette année. L’année prochaine sera donc marquée par un effet chasse-neige. On va payer demain ce qu’on épargne aujourd’hui.»

Ce bol d’air, pour le ministre genevois, est dû au fait que les assureurs ont trop encaissé en 2018, mais en tous cas pas grâce à des coûts de la santé un tant soit peu maîtrisés. «L’opacité ne fait qu’augmenter, poursuit-il. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) prive les cantons des éléments d’analyse, on ne sait pas si les caisses ont fait des excédents de recettes et si les réserves ont augmenté. On ne connaît même pas le montant des primes que les caisses ont réclamé à l’OFSP, qui ne veut pas non plus qu’on mette son nez dans son travail.» Selon Mauro Poggia, sur les 9,4 milliards de réserves, il y en a 4,6 milliards de plus que ce que la loi exige. «Et la loi ne permet pas de rétrocéder cet excédent aux assurés.» Même la baisse de certains tarifs Tarmed n’a, selon le ministre, aucune incidence décisive: «C’est un fusil à un coup. L’économie sera de courte durée, car les médecins vont compenser la perte de ces gains par autre chose.»

Pour lui, le seul remède contre la hausse des primes demeure une caisse de compensation cantonale: «On compenserait non pas les risques, mais les coûts. Et il n’y aurait pas besoin de tant de réserves». Quant à la possibilité d’une caisse publique cantonale, ce serait «une mauvaise idée, car elle recueillerait les mauvais risques. Les caisses privées auraient alors beau jeu de se prétendre plus efficaces.» (L. L.)


Vaud: Une baisse historique

Après des années de hausse continue, la prime moyenne de l’assurance-maladie de base diminuera très légèrement dans le canton de Vaud en 2020. C'est historique. La diminution reste toutefois modeste pour toutes les catégories d’âge: -3,2 francs par mois en moyenne pour les adultes, -80 centimes pour les jeunes et +10 centimes pour les enfants. En revanche, des différences notables sont constatées entre les assureurs. Par exemple, l’évolution des primes standards avec accident et une franchise minimum, proposées pour les adultes varie entre une hausse de 5,7% chez Swica et une baisse de 10% chez Vivao Sympany et Kolping. 

Face au constat d’un excédent important de primes payées par les assurés vaudois en 2018, le Département de la santé et de l’action sociale a demandé à l’autorité de surveillance de veiller à ce que les assureurs concernés remboursent aux assurés le surplus payé. Le calcul a été réalisé et il en résulte que les assurés du canton de Vaud ont contribué pour plus de 150 millions de francs aux réserves nationales des assureurs. Certains d’entre eux ont déjà procédé à des remboursements en 2019, et d’autres prévoient de le faire en 2020.

La socialiste Rebecca Ruiz, ministre vaudoise de la Santé, commente cette annonce. «C'est un juste retour des choses lié aux excédents payés par les Vaudois, et je ne peux en rien en tirer un quelconque mérite. Cela fait plusieurs années que notre département relève systématiquement le niveau anormalement élevé des dépenses de nos assurés et avise l'office fédéral de la santé publique de la participation importante des Vaudois aux réserves nationales». (A. S.)


Valais: «Un canton où les primes sont abordables»

La hausse des primes d'assurance-maladie en Valais est qualifiée de «modérée» par le canton, mais elle est bien supérieure à l'augmentation moyenne nationale. En 2020, elle seront 2,2% plus élevées pour atteindre 359 francs par mois en moyenne pour un adulte. Une hausse plus de 7 fois supérieure au 0,3% d'augmentation en moyenne suisse.

Chef du service cantonal de la santé publique, Victor Fournier tient à relativiser cette vision purement numérique. «Le Valais reste un canton où les primes sont abordables. Elles sont, par exemple, 25% inférieures à celle de Genève, 20% moins chères que celles de Neuchâtel ou encore 16% en-dessous de celles que paient les Vaudois», note-t-il.

Pour expliquer cette augmentation plus forte qu'au niveau national, Victor Fournier met en avant la structure tarifaire de plus en plus homogène en Suisse: «Les coûts tendent vers la moyenne nationale et comme nous partons de plus loin, les augmentations sont plus importantes.» L'écart entre les primes valaisannes et leur pendant national se réduit ainsi d'année en année. Il est désormais de 15 francs.

En parallèle à l'annonce de l'augmentation des primes, le gouvernement valaisan propose au parlement d'attribuer 20,2 millions de francs supplémentaires aux subsides de l'assurance-maladie. Si une partie de ce montant est lié à l'augmentation ordinaire, 10 millions sont prévus à titre compensatoire dans le cadre de la mise en œuvre de la loi fédérale sur la réforme fiscale et le financement de l'AVS (RFFA). «Cela permettrait d'augmenter les limites de revenus donnant droit à une réduction de primes et ainsi élargir le cercle des bénéficiaires», souligne Victor Fournier. Le Grand Conseil aura le dernier mot en décembre.

Cinq ans après avoir coupé 50 millions de subsides, le Valais pourrait faire le chemin inverse. «L'Etat du Valais a dû procédé par le passé à des mesures d'économie, rappelle Victor Fournier. Aujourd'hui, avec la RFFA, nous proposons de redonner une partie à la population. Ces choix sont toujours politique et liés aux moyens financiers dont dispose le canton.» (G. B.)


Neuchâtel: la conséquence de primes sous-évaluées

Si de nombreux cantons affichent leur soulagement, à Neuchâtel, c’est plutôt la soupe à la grimace. Le canton connaît la plus forte augmentation des primes maladies de Suisse avec une hausse de 2,9% en 2020. Une forte progression qui s’explique en grande partie par la situation particulière du canton, l’un des rares à avoir vu sa population diminuer ces deux dernières années (-572 habitants en 2017, -1142 en 2018).

«Les coûts de la santé, dont l’offre continue d’être utilisée à plein, sont donc reportés sur moins de personnes», constate le conseiller d’État Jean-Nath Karakash, en charge de l’Economie et de l’action sociale. Il observe que le Tessin, l’autre canton à avoir enregistré un recul de sa démographie, connaît la deuxième plus forte augmentation (+2,5%). Selon Jean-Nath Karakash, une autre spécificité explique la hausse de son canton. Près de la moitié des assurés neuchâtelois sont en effet inscrits auprès d’Assura, une caisse qui avait jusqu’ici sous-évalué ses primes.

Avec cette hausse de 2,9 %, Neuchâtel monte à la hauteur de Vaud quant au prix des primes. Seuls Genève et Bâle-Ville en connaissent de plus élevées. Pour les perspectives d’avenir, Jean-Nath Karakash veut demeurer optimiste. Les réformes engagées, notamment fiscales, et les crédits entérinés à Berne concernant les infrastructures tant ferroviaires que routières du canton devraient permettre à court ou moyen terme de relancer la démographie. Mais il en appelle à la mise sur pied d’outils de contrôle au niveau fédéral, en particulier dans le domaine ambulatoire, dont les coût continue d’augmenter entre 3 et 4% par année. (Y. P.)


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