Justice 

A Genève, verdict en demi-teinte pour les militants antispécistes 

Les deux activistes soupçonnés d’avoir caillassé des boucheries et vandalisé un abattoir sont condamnés à 12 mois de prison ferme et 7 mois avec sursis. Leurs avocats vont probablement faire appel

Un jugement en demi-teinte. Soupçonnés d’avoir caillassé des boucheries et vandalisé l’abattoir de Perly, les deux militants antispécistes écopent de peines de prison même s’ils sont acquittés sur près de la moitié des infractions: 12 mois ferme pour le principal accusé, Matthias*, et 7 mois avec sursis pour Julia*. Une première en Suisse. Le troisième prévenu, soupçonné de s’être enchaîné dans l’abattoir Bell à Soleure en compagnie des deux autres accusés, écope de 20 jours-amendes avec sursis. La défense, qui plaidait l’acquittement, fera probablement appel. «La peine est trop lourde», réagit Me Léonard Micheli, avocat de Julia, qui déplore que des «preuves illicites aient été retenues».

Pour justifier la peine, la juge souligne la «faute conséquente» et la «détermination délictueuse» des prévenus qui ont agi «au mépris des règles», et n’ont formulé «ni remords ni excuses». Le mobile honorable n’est pas retenu, les convictions politiques des prévenus ne justifiant pas les actes illicites commis. Matthias et Julia devront également payer quelque 30 000 francs pour les dommages causés et 29 000 francs de frais de procédure.

«Faisceau d’indices»

Le Tribunal de police condamne les prévenus sur les cas les plus lourds, soit le saccage de l’abattoir de Perly et les dégâts commis à Fribourg sur la base d’un «faisceau d’indices». Ils sont en revanche acquittés pour des dommages à la propriété mineurs, tels que des tags commis au Burger King, ou considérables, à l’instar du caillassage de plusieurs boucheries. S’il s’avoue «globalement satisfait», le procureur Adrian Holloway, qui demandait respectivement 18 et 12 mois de prison ferme, estime que le tribunal s’est montré «très clément» envers Matthias. Il réfléchit à l’opportunité de faire appel.

Lire aussi: Le vandalisme antispéciste jugé à Genève

Jusqu’ici la peine la plus sévère prononcée pour des actions antispécistes était des jours-amendes sans sursis. Deux militantes vaudoises avaient été condamnées en décembre 2018 à 60 et 120 jours pour avoir libéré des cabris d’un abattoir.

«Acharnement injuste»

Le verdict du jour est une défaite partielle pour Me Olivier Peter, défenseur de Matthias, qui plaidait l’acquittement sur toutes les infractions et une indemnisation de 68 000 francs pour les onze mois de détention préventive effectués par son client. «80% des plaintes dans ce dossier sont irrecevables, dénonce l’avocat. Le Ministère public a instruit à charge, en omettant sciemment d’interroger d’autres suspects ou en négligeant des éléments à décharge comme des traces ADN de tiers. Je regrette que la juge n’ait pas eu le courage de s’opposer à cet acharnement injuste et inéquitable.»

«Le Ministère public nous livre un récit truffé d’approximations, de soupçons qui confinent à l’arbitraire, dans lequel il n’y a pas le début d’une preuve», renchérit Me Léonard Micheli. Pour la défense, l’occupation de l’abattoir de Soleure, à laquelle les trois prévenus ont participé, doit être vue comme un «acte politique qui cherchait avant tout à éveiller les consciences de plus en plus sensibles au bien-être animal».

*Prénoms d'emprunt

Publicité