Le procès de l’entraîneur de l’élite du judo genevois, accusé d’avoir abusé d’une jeune athlète de 15 ans, s’achève sur un verdict très nuancé. Les juges ne retiennent ni le viol, ni la contrainte sexuelle, estimant que les déclarations de la victime ont beaucoup trop varié pour être crédibles et qu’aucun élément du dossier ne vient étayer le recours à la violence physique ou psychique. Reconnu coupable d’actes d’ordre sexuel avec des enfants et d’abus de la détresse pour avoir exploité son statut de mentor, il est condamné à une peine de 3 ans, dont 12 mois de prison ferme. Interdiction lui est aussi faite, durant cinq ans, d’exercer une activité au contact de mineurs.

De l’acte d’accusation de la procureure Rita Sethi-Karam, il ne reste plus grand-chose. D’entrée de cause, le tribunal souligne que les dires de la victime ont fluctué de manière substantielle sur tous les aspects et que ces différences vont bien au-delà d’une imprécision due au stress. Les déclarations de l’adolescente ne sont donc retenues que dans les cas où d’autres éléments du dossier, messages ou témoignages, viennent les corroborer.

Beaucoup de doutes

En premier lieu, le verdict corrige la période pénale. Le tout premier attouchement dont l’entraîneur s’est rendu coupable, dans la chambre d’un hôtel zurichois lors d’une compétition, ne remonte pas à 2012 mais à mars 2014, comme l’attestent la date du championnat et les très nombreux messages qui illustrent une montée en puissance de l’insistance, du discours séducteur et de propos de plus en plus crus. Les premières relations complètes ont eu lieu en février 2015 et les dernières en août de la même année, précise encore la décision. Il y en a eu huit et celles-ci se sont toutes déroulées dans le bureau du maître des arts martiaux.

Plusieurs épisodes, reprochés par le Ministère public, ont suscité un doute insurmontable dans l’esprit des juges. Le verdict ne retient pas que l’entraîneur s’est masturbé devant la jeune fille, ni qu’il lui a fait subir des actes lors de deux autres voyages à l’étranger, ni qu'il l'a contrainte à des fellations. Le tribunal écarte aussi le scénario d’une tentative forcée de sodomie qui a fait chuter l’adolescente et s’est transformée en viol d’une victime à moitié inconsciente. Quatre versions différentes d’un même acte, et rien pour les étayer. «Il n’est pas établi que cela s’est réellement produit», souligne la décision.

Pas de violence

Si l’infraction d’actes d’ordre sexuel avec des enfants est réalisée en raison de l’âge de la victime, le jugement précise qu’aucun élément du dossier ne permet de considérer que le coach, défendu par Me Valérie Pache Havel, a usé de violence physique, de menaces ou encore d’une pression psychique assez forte pour créer une situation de contrainte.

Par contre, l’intéressé est reconnu coupable d’abus de la détresse – ajouté en guise d’alternative par le tribunal lui-même – pour avoir exploité un fort lien de dépendance «jusqu’à ce que son élève se persuade qu’elle est amoureuse de lui». Il était devenu la personne la plus importante dans la vie de cette adolescente, dont les parents étaient très occupés et absents, et revêtait plusieurs casquettes. Celles de coach, de mentor, de confident et de papa de substitution, relèvent les juges.

L’entraîneur a commis une faute lourde en portant atteinte au droit à un développement sexuel harmonieux de son élève, en exacerbant le lien par son omniprésence et en prenant le risque d’atteindre sa victime dans sa santé. Il a agi à de nombreuses reprises afin d’assouvir ses pulsions, estime encore le tribunal. A décharge, la décision relève que l’intéressé regrette ses actes et n’a pas reporté la faute sur sa victime. Il s’est aussi bien impliqué dans une psychothérapie qui devra être poursuivie durant le délai d’épreuve.


Sur ce procès:

La relation coupable d’un maître du judo

Le récit d’une jeune judoka captive de son gourou