Votations

Genève veut limiter l’usage des pesticides

Soumis au vote dimanche, un projet de loi passablement édulcoré veut encourager le développement de méthodes alternatives aux produits phytosanitaires

A défaut d’interdire les pesticides, le canton de Genève tentera de limiter leurs effets en encourageant le «développement de méthodes alternatives». Ce dimanche, les électeurs voteront sur un projet de loi constitutionnel au titre ambitieux dont le contenu, maintes fois retoqué, s’est considérablement réduit. Premier pas ou coup manqué?

Accepté à l’unanimité par le Grand Conseil en juin dernier, le projet «Pour une limitation drastique des produits phytosanitaires à Genève» visait à l’origine à interdire l’importation, la vente et l’utilisation de pesticides pour les particuliers. Impossible, a répondu la Confédération, seule compétente pour prononcer une telle interdiction. Faute de mieux, le texte actuel entend prendre «des mesures afin de réduire les risques» liés à l’utilisation des pesticides. Les méthodes alternatives seront valorisées grâce à un «soutien économique ou technique». Le projet s’inspire de la loi sur les centrales nucléaires où, là aussi, une interdiction stricte était inenvisageable.

Ville de Genève pionnière

A-t-on abouti à un projet au rabais? «Non, répond le PDC Bertrand Buchs, à l’origine de la proposition. Le texte final est certes moins strict que l’original, mais il a le mérite d’inscrire la problématique des pesticides dans la Constitution cantonale.» Le député compte sur l’effet d’annonce et espère que les communes suivront le mouvement. C’est déjà le cas de la ville de Genève qui a annoncé mi-novembre qu’elle utiliserait désormais des produits 100% biologiques pour entretenir ses 330 hectares d’espaces verts. Alors que la disparition des insectes se fait toujours plus menaçante, la commune a également décidé d’installer des nichoirs et des ruches à proximité des espaces de verdure pour redynamiser l’écosystème.

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Qu’en pensent les agriculteurs? Opposé au projet initial jugé trop restrictif, le comité d’AgriGenève soutient désormais la nouvelle mouture. «On passe souvent pour les méchants dans ce débat, mais cela fait trente ans qu’on travaille à remplacer les produits phytosanitaires, souligne le directeur François Erard. Ces derniers coûtent très cher et nécessitent des heures de travail, les paysans ont tout intérêt à s’en passer.» Dans les faits, les insecticides, pesticides et fongicides sont de moins en moins utilisés dans le canton. «L’intégralité des céréales sont par exemple cultivées sans produits phytosanitaires», affirme François Erard.

Consommateurs exigeants

Dans la viticulture et l’arboriculture fruitière, en revanche, des fongicides continuent d’être utilisés, essentiellement pour lutter contre les maladies. «Les consommateurs veulent des fruits parfaits, sans taches, c’est tout le paradoxe du discours actuel», note François Erard. Quelles sont les alternatives aux phytosanitaires? «Pour le maïs, on utilise un système de lutte biologique, détaille-t-il. De manière générale, on tente de travailler avec des variétés résistantes.» En suspens à Genève, le débat sur les pesticides a déjà perdu une manche à Berne. En juin dernier, le Conseil national a refusé de durcir les règles d'usage. Une votation demandant l’interdiction des pesticides de synthèse aura néanmoins lieu en 2020.

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