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Genève veut redresser la barre d'un tourisme à la dérive

Genève Tourisme n’organisera plus les Fêtes de Genève. Le conseiller d’Etat Pierre Maudet a annoncé cette décision lors des états généraux du tourisme. Où il a aussi été question des rapports tendus entre ville et canton, et de la volonté de faire rayonner Genève au-delà des frontières

Convalescent, le tourisme genevois se soumet à un traitement de choc. Après l’abandon des Fêtes de Genève cette année, en raison de deux exercices calamiteux soldés par un bouillon de 10 millions de francs au total, le conseiller d’Etat Pierre Maudet avait décidé de tout reprendre de zéro. Un nouveau départ qui a eu lieu mardi, avec la convocation des états généraux du tourisme.

Objectif: fixer des axes pour redonner à Genève un visage touristique conquérant. Sondés au préalable par la direction générale du développement économique, de la recherche et de l’innovation, plus d’une centaine d’acteurs du tourisme ont pris part à ce brainstorming durant lequel des conférenciers ont livré des clés de réflexion. Où il a été question de marketing territorial, de ville intelligente, des forces et des faiblesses de la destination.

«Une personnalité forte, qui fédère»

Il en ressort une première décision, attendue, qui fait suite à la débâcle des Fêtes de Genève: «Le Conseil d’Etat va retirer cette manifestation estivale à Genève Tourisme, dont la vocation est de fédérer, et non d’organiser, a annoncé Pierre Maudet. Le conseil de fondation pourra enfin consacrer ses séances à l’essentiel: la promotion.» On ignore, pour l’heure, qui se consacrera à ce dossier maudit, le peuple ayant voté en mars la limitation des Fêtes à onze jours.

A propos du magistrat PLR: Pierre Maudet en mauvaise posture

Des initiatives privées pourraient prendre le relais. Dans la révision de la loi sur le tourisme, le conseil de fondation devrait opérer un rééquilibrage entre le public et le privé, au bénéfice du premier. Quant au profil du directeur général recherché pour remplacer Philippe Vignon, remercié, «il faudra une personnalité forte, qui fédère. Quelqu’un capable de manager les différentes forces.»

Tensions entre la ville et le canton

Fédérer, une gageure. Car le bout du lac est miné par de vives tensions entre le canton et les communes, la ville de Genève au premier chef. Au risque de se voir reprocher d'avoir mauvais esprit, on a d’ailleurs noté l’arrivée tardive du conseiller administratif Sami Kanaan, chargé du Département de la culture et du sport. Refroidissant certains participants, il a notamment déclaré que passablement de Genevois n’appréciaient pas les touristes; que Genève s’apprivoise, et qu’il n’est pas donné à tout le monde d’y parvenir à dîner un dimanche soir à 22 heures. Mais comme dans une famille dysfonctionnelle, beaucoup saluent le fait que l'abcès soit crevé.

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A l’instar de Paul Muller, directeur des Manotel: «Je suis agréablement surpris d’avoir vu ce sujet tabou enfin abordé, sans règlement de comptes. Même si, lors de la table ronde, on a assisté à une prestation de musiciens sans chef d’orchestre, soit la réplique en nature du problème dont on avait parlé toute la matinée.» Même son de cloche pour Claude Membrez, directeur général de Palexpo: «La complexité des rapports canton-ville a été abordée cash, sans circonvolutions, un peu à la suisse allemande. Il a aussi été dit que Genève a trop d’intérêts divergents pour une vraie stratégie touristique.» Ville et canton n’ont pas l’apanage des bisbilles, en effet. Hôteliers, restaurateurs et commerçants n’ont pas toujours été alignés.

Le canton comme pilote

Les choses pourraient s’améliorer, si l’on en croit la volonté du magistrat à ce que «le canton pilote les opérations, sans être dirigiste». Le besoin de leadership ressort d’ailleurs clairement des discussions. «J’ai le sentiment qu’on a enfin réussi à trouver le plus petit dénominateur commun pour avancer», conclut un participant.

Avancer, au sens propre. Car depuis mardi, la Genève touristique s’étend à la Suisse romande et en France voisine. Elle déclare sa volonté de s’ouvrir, de nouer des partenariats, peut-être des circuits, par-delà ses frontières. «Mais il faudra veiller à ce que la coopération transfrontalière soit un flux qui aille dans les deux sens, afin que chacun s’y retrouve», prévient Pierre Maudet. De son côté, Sami Kanaan a aussi annoncé qu’il était en train d’élaborer un agenda culturel lémanique avec ses homologues vaudois.

Inventer un narratif autour de l'eau et de l'horlogerie

Il faudra aussi, au lieu de dormir sur ses acquis, inventer à Genève un narratif, qui pourrait tourner autour de l’eau, de l’horlogerie et de la science. Cela tombe bien pour Fabienne Lupo, directrice du Salon international de la haute horlogerie, même si c’est du lac qu’elle souhaite parler: «Genève possède les qualités intrinsèques, il faut maintenant qu’il s’y passe quelque chose. Si vous n’êtes pas membre de la Nautique, rien ne se passe sur le lac, hormis le Bol d’or.»

Marketing territorial, enrichissement du catalogue touristique, collaboration transfrontalière: voilà les trois axes désignés prioritaires par les participants. Il faudra maintenant retrousser ses manches pour sortir des déclarations d’intention et des discours convenus.

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