Sécurité 

A Genève, les violences physiques ont augmenté de 12%

Alors que le nombre total des infractions au Code pénal stagne (-1% par rapport à 2017), les délits qui touchent à l’intégrité corporelle ou sexuelle sont en forte hausse. Tout comme la cybercriminalité

A Genève, la criminalité reste stable. Autrement dit, elle ne diminue pas, ou très peu. Pour 2018, la baisse enregistrée n’atteint que 1%, moins qu’en 2017 où elle était déjà de -3% seulement. Après la forte diminution observée depuis 2011, le tassement se confirme. Dans le détail, les chiffres de la statistique policière présentés lors de la traditionnelle conférence annuelle varient fortement selon les secteurs. Si les infractions contre le patrimoine ont diminué de 3%, les atteintes à l’intégrité corporelle et sexuelle ont fortement augmenté: respectivement +12% et +31% par rapport à 2017. Pas autant toutefois que la cybercriminalité qui, elle, explose avec +79% de cas recensés.

Malgré ce bilan en demi-teinte, Genève reste un «endroit où il fait bon vivre», a souligné Mauro Poggia, chef du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé, saluant au passage l’action des policiers, qui sont appelés, chaque jour, à effectuer quelque 221 interventions sur le terrain. «Une fois n’est pas coutume, le canton reflète la tendance suisse en matière de criminalité», a ajouté le ministre. Au niveau national, la baisse globale des infractions atteint 1,4%.

Un effet #MeToo à retardement?

En 2018, la criminalité a touché davantage les individus que les biens matériels. Quelque 1977 cas de violences domestiques ont été signalés contre 1509 en 2017, dont 80% à l’encontre de femmes. Soit le plus haut taux enregistré depuis 2009. Comment l’expliquer? «Il est difficile d’émettre une interprétation définitive, estime Monica Bonfanti, commandante de la police cantonale. Plusieurs facteurs peuvent avoir joué un rôle: la prévention, qui encourage les victimes à dénoncer ces actes le plus tôt possible, mais aussi une tolérance moindre envers la violence.» L’effet #MeToo que la police attendait l’an passé se serait-il manifesté avec retardement? «Non, dans la mesure où il n’y a pas eu une vague de dénonciations d’infractions anciennes.»

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Dans l’espace public aussi, les atteintes à la vie ou à l’intégrité corporelle ont fortement augmenté: 234 infractions supplémentaires par rapport à 2017. «Dans la majorité des cas, il s’agit de lésions corporelles simples», relativise le capitaine Philippe Droz, chef de la police judiciaire genevoise. «En ce qui concerne les violences sexuelles, ce sont surtout les cas de pornographie et d’exhibitionnisme qui font grimper la statistique.» Quelque 58 cas de viols ont tout de même été recensés, soit 18 de plus qu’en 2017. Sur le plan des violences, Genève s’éloigne largement de la moyenne nationale où la hausse est stabilisée à +5%.

Présence dissuasive 

Comment endiguer cette tendance pour le moins préoccupante? «Nous allons conduire une analyse pointue afin d’orienter les patrouilles préventives sur les endroits à risques», répond Monica Bonfanti. Comprenez les boîtes de nuit et les lieux qui accueillent des manifestations sportives, en marge desquelles des rixes peuvent survenir.

Cambriolages en baisse

Au registre des vols et cambriolages, le tableau est plus réjouissant. En hausse en 2017, les cambriolages sont repartis à la baisse: 745 cas de vols par effraction en 2018 contre 1084 en 2017. Sur la voie publique, les vols sur des véhicules diminuent, mais les vols à la tire restent, eux, stables, ce qui laisse pense qu’un seuil incompressible a été atteint. Les chiffres genevois sont toutefois moins bons que la moyenne nationale, qui enregistre un recul global des vols de -7,9%. Le canton se distingue en revanche en matière de lutte contre les stupéfiants: -13% d'infractions contre seulement -3,5% au niveau suisse.

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Attaques informatiques, chantages ou encore escroqueries: la criminalité sur la Toile a fait des dégâts en 2018, en particulier auprès des seniors, surreprésentés parmi les victimes. A Genève, quelque 2165 cas ont été signalés contre 1003 en 2017. Une tendance à la hausse qui se vérifie ailleurs en Suisse. «Ces données ne sont que la pointe de l’iceberg, rappelle Mauro Poggia. Le phénomène va perdurer et s’accentuer.» Pour faire face à des affaires de plus en plus nombreuses et complexes, l’ensemble du corps de police recevra une formation «cybercrime». «Genève a l’ambition de devenir un pôle de référence en la matière.»

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