Entrée de la PLR Nathalie Fontanet (45 522 voix) et du socialiste Thierry Apothéloz (44 884), départ du PDC Luc Barthassat (34 357): le nouveau Conseil d’Etat genevois connaît un rééquilibrage. Il compte désormais trois magistrats de gauche, trois de droite et un MCG, Mauro Poggia, amené à jouer, plus que jamais, un rôle de pivot.
 
Second conseiller d’Etat mieux élu avec 51 015 voix, l’intéressé analyse son succès comme la «reconnaissance d’une autre manière de faire de la politique: pragmatique et non dogmatique». Il refuse toutefois d'être taxé de «girouette». Alors que le MCG s’est effondré au parlement, faut-il y voir une victoire personnelle? «Absolument pas, il s’agit bien d’une victoire du parti», répond Mauro Poggia en pointant du doigt le pins MCG qui orne son veston. Sa priorité pour la nouvelle législature reste la santé qu’il compte défendre en conservant le Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé. 

«Femme de dialogue»

Chahutée durant la campagne, la sortante Anne Emery-Torracinta a finalement obtenu la confiance des électeurs et échappé à la «malédiction des femmes» qui avait frappé Michèle Künzler et Isabel Rochat avant elle. Toutes deux avaient été évincées après un mandat. Avec l’élection de Nathalie Fontanet, la socialiste n’est plus la seule femme du gouvernement. 

«C’est une excellente nouvelle, son arrivée permettra de faire de la politique plus sereinement en évitant les confrontations de type combats de coqs que nous avons connus», estime Anne Emery-Torracinta, qui espère conserver le Département de l'instruction publique, de la culture et du sport. «C’est une femme de droite certes, mais surtout une femme de dialogue», estime Carole-Anne Kast, présidente du PS genevois.

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Avec un second socialiste au gouvernement, la gauche renforcée s'attend à une législature «moins dure», avec davantage de place pour la négociation. «La droite ne pourra plus se permettre de passer en force avec une certaine arrogance», juge Nicolas Walder, président des Verts genevois. Le bon score d’Antonio Hodgers, réélu avec 49 684 voix, est selon lui de bon augure après les récentes critiques des milieux immobiliers à son encontre. «Antonio Hodgers veut créer du logement pour tous, pas seulement de la PPE. Aujourd’hui, les Genevois ont approuvé cette politique.»

Dissensions à droite

Ce «virage à gauche» inquiète en revanche Thomas Bläsi, député UDC qui souligne le «bon score» d’Yves Nydigger, «parvenu à réunir 23 940 voix à lui tout seul». «CPEG, projet SCORE, réduction de la dette abyssale: les dossiers institutionnels de cette nouvelle législature requièrent une droite forte et unifiée. Or, on constate qu’il existe au contraire des dissensions. C'est regrettable.»

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Evénement de la journée, la défaite de Luc Barthassat est au cœur des discussions. «La fin de 4 malheureuses années, lâche Nicolas Walder, Luc Barthassat a été sanctionné tant sur la forme que sur le fond. Il a mené une politique des transports obsolète en négligeant la mobilité douce. La qualité de vie des Genevois et l’environnement en ont pris un coup.» Pour Carole-Anne Kast, l’échec du magistrat PDC s’explique par son «amateurisme» et son «manque de collégialité».

Luc Barthassat encaisse

Stoïque face à la presse malgré l’émotion, l’intéressé encaisse le coup sans accuser ni l'Entente désunie ni Willy Cretegny, l'autre «candidat de la terre». Il regrette cependant d’avoir été jugé sur sa personnalité davantage que sur son bilan. «Quoi qu’il en soit, il y a une vie après le conseil d’Etat, je vais pouvoir me concentrer davantage sur ma famille.»