Des mesures d’aide faute de réouverture. Ce mercredi, le Conseil d’Etat genevois a maintenu sa position de cavalier seul par rapport au reste de la Suisse en maintenant les commerces non essentiels fermés. «Conscient de l’effort demandé aux entreprises», le Conseil d’Etat refuse cependant de «choisir entre la santé des uns et la survie économique des autres». Avec près de 830 cas positifs par jour, contre 900 avant le début du semi-confinement, la situation sanitaire ne permet pas d’envisager un assouplissement, jugent les autorités.

Les entreprises peuvent toutefois se réjouir des montants avancés par le canton. En ce qui concerne les cas de rigueur, le Conseil d’Etat a ajouté un sixième secteur à la liste des domaines d’activité qui ont perdu plus de 60% de leur chiffre d’affaires dans la crise. Quelque 10 millions de francs sont ainsi prévus pour soutenir les entreprises situées dans la zone aéroportuaire. L’aide apportée aux cas de rigueur fonctionne selon un financement paritaire canton-Confédération. Au total, 200 millions de francs sont prévus pour l’ensemble de la Suisse.

Bras de fer avec la Confédération

Genève, qui a déjà devisé 90 millions pour aider l’hôtellerie, les agences de voyages ou encore l’événementiel, s’apprête ainsi à alourdir l’addition. La semaine dernière, Ueli Maurer avait pourtant déjà renvoyé le canton à ses responsabilités. N’est-ce pas être trop gourmand? «Nous ne sommes pas le seul canton à avoir de tels besoins», répond la ministre des Finances, Nathalie Fontanet, qui associe la réaction du Conseiller fédéral à un «geste de mauvaise humeur». «Genève fait partie des très gros contributeurs à la péréquation cantonale et verse chaque année 300 millions de francs, rappelle-t-elle. Si la Confédération ne joue pas son rôle dans cette crise, tout le monde sera perdant.» Les demandes des cantons sont en cours de consultation et l’entrée en vigueur de l’ordonnance est prévue le 1er décembre.

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En parallèle, le canton annonce la mise en place d’une task force employabilité afin d’accompagner la reconversion des secteurs confrontés à des changements durables tels que les agences de voyages. Fortement touchés par la crise malgré la possibilité de vendre à l’emporter, les restaurants ne figurent pas dans la liste des cas de rigueur. «On considère que leur activité peut redémarrer aussitôt la réouverture prononcée», souligne Nathalie Fontanet.

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L’autre mesure de taille concerne les loyers commerciaux que l’Etat financera conjointement avec les bailleurs pour les mois de novembre et décembre. Selon les estimations de ce printemps, quelque 6000 entreprises pourraient bénéficier de la mesure prise de concert avec l’Union suisse des professionnels de l’immobilier, la Chambre genevoise immobilière et l’Asloca. Les locataires dont le loyer commercial n’excède pas 7000 francs, qu’ils aient fermé ou non, seront exonérés. Ceux dont le loyer se situe entre 7000 et 15 000 francs et qui ont dû fermer sont exonérés à 80%. 

Sont exclus de la mesure: les secteurs qui n’ont pas été affectés par la crise, soit les agences bancaires, les stations-services, les fiduciaires ou encore les cabinets médicaux. Au total, la mesure représente 7,5 millions de francs par mois à charge de l’Etat. A quoi s’ajoute le paiement des charges sociales patronales pour le mois de novembre pour un montant de 10,5 millions.

Dans l’attente d’un «signal clair»

Malgré les annonces du jour, les entreprises s’inquiètent de voir la fermeture s’éterniser. «Si nous saluons le rythme avec lequel l’annonce de nouvelles mesures s’enchaîne, le manque criant de coordination entre les cantons n’est pas tenable, estime Blaise Matthey, directeur genevois de la Fédération des entreprises romandes. Il est impératif que la situation cantonale soit réévaluée en continu pour permettre une réouverture des commerces dans les plus brefs délais.»

«Nous manquons de recul pour articuler une date de sortie», reconnaît Mauro Poggia, chef du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé, qui précise que les mesures seront réévaluées chaque semaine. «Nos décisions ont des effets, mais ils ne sont pas encore suffisants pour permettre de soulager la pression intolérable que subit le personnel soignant. Nous sommes décidés à attendre un signal clair au niveau des statistiques pour annoncer des changements.»

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