«L'Université jouit à nouveau d'une grande confiance de la population. En ce sens, merci aux référendaires», jubilait dimanche le conseiller d'Etat Charles Beer, patron de l'Instruction publique. Les 72% de oui légitiment le projet concocté par une commission présidée par l'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, qui consiste à donner une plus grande autonomie à l'académie. Les débats politiques ne sont toutefois pas clos.

Selon Charles Beer, le pari résidait dans la «difficulté à rendre cet objet compréhensible». Déclenchée après la découverte de facturations fantaisistes, la démarche aboutit à une plus grande marge de manœuvre pour le rectorat: l'apparente contradiction aurait pu gonfler les rangs des opposants, juge le ministre. A présent, «l'Université peut entrer de plain-pied dans le XXIe siècle, avec quelques années de retard». Pour le recteur Jean-Dominique Vassalli, «la population a compris que l'Université doit être dirigée». Du côté des opposants, on déplore le manque de moyens pour faire campagne: «Nous savions que nous allions au massacre», concède Catalina Pozo, pour la Conférence universitaire des associations d'étudiants. Qui sera «attentive aux prochains débats, car nous ne pouvons pas compter sur une loi pour nous protéger».

Plan sur quatre ans

Car les étapes ne manqueront pas. L'Université négocie ainsi une convention d'objectifs avec le Conseil d'Etat. Ce texte devra fixer les priorités pour quatre ans, assorties de la subvention cantonale. Y figureront notamment les pôles d'excellence ou un seuil minimal d'engagements de professeures, pour augmenter la représentation des femmes. Les autorités devront aussi élaborer le règlement du personnel, ainsi qu'une loi ad hoc sur les taxes. Sur ce dernier point, «il n'y a aucune urgence», dit Charles Beer. Cheffe du groupe socialiste au Grand Conseil, Anne Emery-Torracinta pense néanmoins «qu'il faudra donner des gages, à propos des taxes comme du personnel».

Assemblée générale

Il paraît peu probable que le thème des taxes rejaillisse en année électorale - les Genevois votent à l'automne 2009. Les négociations sur les employés, surtout les postes à temps partiel, risquent par contre d'être animées. Au SSP, Margarita Castro-Banda, qui exige une «garantie» pour les emplois, s'apprête d'ailleurs à lancer un appel à une assemblée générale des salariés de l'académie.

Chez les libéraux, Pierre Weiss invoque d'abord la «stabilité législative». «Il faut laisser le temps à cette loi de déployer ses effets, avec ses qualités et ses faiblesses.» Partisan d'une plus grande autonomie que celle conférée par la loi votée dimanche, le député estime que «certains points mériteront d'être rediscutés dans quelques années», notamment l'instauration d'un statut indépendant pour le personnel, comme aux SIG ou aux TPG. Ainsi que le pilotage de l'institution, la question de savoir s'il faut doter l'alma mater d'un conseil d'administration.

D'ici là, les discussions à venir entre le Département et le rectorat donneront le ton. Dimanche, l'ancien député et meneur du comité pour le oui François Brutsch affirmait d'emblée que «chacun devra faire preuve de responsabilité».