Genevois arrêté en Inde: la défense s’organise

Justice L’avocat suisse de l’étudiant de 24 ans espère une libération «dans les sept jours»

Arrêté le 29 juillet dans l’Etat indien du Kerala pour avoir participé, la veille, à une cérémonie en mémoire d’un leader maoïste local, J. B., un étudiant genevois de 24 ans, est toujours sous les verrous. Les autorités locales lui reprochent d’avoir assisté à cette manifestation politique et d’y avoir pris la parole, en violation des conditions prévues par son visa de touriste.

Après une première demande de libération rejetée samedi par le Tribunal de Kodungallur, une nouvelle demande a été déposée lundi auprès de la Haute Cour de Kochi (la plus grande ville du Kerala), confie Nicolas Capt, l’avocat genevois du jeune homme. «Une audience doit avoir lieu mardi à 10 h et la décision tombera dans les jours qui suivront, précise-t-il. Nous espérons une libération sous caution dans les sept jours.» L’avocat indien, qui défendait J. B. jusque-là sur place, vient d’être remplacé par le représentant d’un grand cabinet du pays.

Après plusieurs interrogatoires et deux perquisitions dans sa chambre d’hôtel, les enquêteurs peinent à établir les liens que J. B. entretenait avec les milieux naxalites, un mouvement insurrectionnel maoïste. Selon le Times of India , des ouvrages en lien avec le communisme indien ont été retrouvés dans la chambre de J. B., dont un livre intitulé Le Problème de l’extrémisme naxalite et ses solutions.

Les enquêteurs auraient aussi retrouvé des coupures de presse consacrées à la mort accidentelle du leader naxalite en l’honneur duquel la cérémonie était organisée. Mais, selon Nicolas Capt, les perquisitions «n’ont permis de découvrir aucun élément qui viendrait corroborer un quelconque activisme de J. B.» Pour l’avocat, les choses sont claires: «J. B. n’a jamais fait mystère de son engagement à gauche, il s’est beaucoup intéressé à l’histoire des mouvements de gauche au cours de ses études. Alors qu’il voyageait en Inde avec son amie, il est tombé sur un article dans le Deccan Chronicle qui relatait la mort de ce leader maoïste et annonçait la cérémonie. Il y est allé par curiosité intellectuelle, ne pensant pas que c’était problématique.»

Quelques jours plus tôt, J. B. se serait rendu, dans la même logique, à une autre manifestation organisée par le Parti communiste indien à Kozhikode, toujours dans le Kerala, en protestation contre l’opération israélienne dans la bande de Gaza.

«Passionné d’histoire»

J. B. ne semble pas être une figure des mouvements d’extrême-gauche genevois. Hormis un passage aux Jeunesses socialistes – qu’il aurait quittées en 2012, ne les jugeant pas assez à gauche – et un engagement syndical universitaire, il n’a pas d’affiliation partisane connue à Genève. D’après une source au sein de la gauche genevoise, cet étudiant de master en histoire économique internationale, habitué des manifestations, serait quelqu’un «d’assez individualiste, passionné d’histoire, qui a peut-être tendance à confondre le passé et le présent. Mais certainement pas actif dans un mouvement particulier».

Selon nos informations, l’ambassadeur de Suisse en Inde a déjà pris contact avec les autorités nationales indiennes et celles de l’Etat du Kerala pour intercéder en faveur du Genevois. Théoriquement, J. B. risque jusqu’à 5 ans de prison. Mais son avocat «a très bon espoir» que la demande de libération sous caution soit acceptée. «Si elle l’est, J. B. pourra rentrer en Suisse, mais il devra certainement retourner en Inde pour son procès», tempère Nicolas Capt.