Il était le favori cité dans les milieux académiques, y compris, voire surtout, en Suisse alémanique: le Romand Joël Mesot sera le prochain président de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, l’EPFZ. Il succédera à Lino Guzzella, en place depuis 2015.

Le Genevois d’origine avait une quarantaine de concurrents. Johann Schneider-Ammann, chargé de la Formation et de la Recherche, souligne «son engagement et son calme», ainsi que «ses réseaux puissants: c’est un choix majeur non seulement pour l’EPFZ, mais pour le pays».

Premier directeur romand d’un institut des EPF

Né à Genève, âgé de 54 ans, poids lourd dans le domaine des EPF, qui comprend les deux écoles et quatre instituts de recherche, Joël Mesot dirige l’un de ces derniers, le Paul Scherrer Institut (PSI), en pointe en matière de matériaux, d’environnement et à présent de santé. Il en a été le premier directeur romand. Le chercheur a un fort lien avec l’EPFZ, où il a fait ses études, en physique. Après plusieurs années à l’étranger, il est revenu à Zurich, tout en prenant la direction de l’institut, basé à Villigen, en Argovie. Depuis 2008, il détient une double chaire, dans les deux EPF.

Le PSI travaille de près avec certains groupes industriels, et le conseiller fédéral sortant souligne cet atout mis au crédit du nouveau président, car «la numérisation pose des enjeux non seulement en matière de formation et de recherche, mais aussi d’économie». Toujours à propos de ses réalisations au PSI, Fritz Schiesser, président du Conseil des EPF, vante le fait que «Joël Mesot a été un moteur majeur pour le domaine des EPF, couvrant l’ensemble du domaine, de la formation professionnelle jusqu’à la recherche fondamentale». En plus, il fait montre d’un «grand talent de communicateur», un atout non négligeable alors que les défis politiques se posent dans le champ scientifique, par exemple à cause des tensions entre la Suisse et l’UE.

Joël Mesot, lui, décrit une place scientifique mondiale où les pays, à commencer par la Chine, investissent des sommes toujours plus vertigineuses, «autant de défis majeurs pour la Suisse».


L’annonce en conférence de presse.

Des accusations de mobbing à l’EPFZ

L’EPFZ a été agitée depuis octobre dernier par plusieurs accusations de mobbing, visant notamment des professeurs qui exploiteraient ou harcèleraient des doctorants. En mai dernier, d’entente avec l’instance de tutelle, le Conseil des EPF, Lino Guzzella a annoncé qu’il ne briguerait pas un deuxième mandat, fait rare dans les EPF, où les présidences sont souvent longues.

Au niveau scientifique, l’EPFZ affiche sa forme sur la scène mondiale. Cette année, elle a conservé sa situation d’unique haute école suisse dans le top 20 de divers classements. Elle est même souvent la première université d’Europe continentale, après les locomotives américaines et britanniques. En juin, dans le classement QS, plus prestigieux que celui de Shanghai, l’école a grimpé de la 10e à la 7e place. Ce même mois, une professeure de l’EPFZ, Ursula Keller, a reçu le Prix de l’inventeur de l’année.

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Il y a déjà eu un président romand

Après des décennies de tensions entre la grande institution de Zurich et sa remuante petite sœur lausannoise, la prise de pouvoir d’un Romand sous le dôme zurichois constitue une petite surprise culturelle et académique. Joël Mesot ne bat toutefois pas pavillon EPFL, et le prestige du PSI renforce sa position dans le paysage national. Sa nomination montre surtout, souligne Fritz Schiesser, que «tout est possible dans notre pays».

Cette prise de pouvoir romande n’est pourtant pas une première. En 1905, alors qu’elle acquérait sa pleine indépendance par rapport à l’Université de Zurich, l’EPFZ a été présidée, pour quatre ans, par le mathématicien neuchâtelois Jérôme Franel.

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