Genevois et Lausannois snobent la voiture

Mobilité Quatre ménages sur dix dans les deux cités lémaniques n’ont plus de véhicule

La marche à pied explose, constate une étude de l’EPFL

Les embouteillages se multiplient et se prolongent. Le trafic automobile assiège les villes. Pourtant, constate une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, les ménages genevois et lausannois délaissent de plus en plus la voiture: quatre ménages sur dix vivant dans les deux villes lémaniques font l’impasse sur l’automobile, soit 11% de plus en dix ans.

Les statistiques attestent également l’explosion de la marche (record de Suisse au bout du lac) ainsi que la prolifération des motos et scooters, surtout à Genève, afin d’échapper à la saturation des routes. Le vélo, au contraire, stagne.

Le Microrecensement mobilité et transports (MRMT) est réalisé tous les cinq ans par l’Office fédéral de la statistique (OFS) et l’Office fédéral du développement territorial (ARE). Les cantons de Genève et de Vaud, les transports genevois (TPG) et les transports lausannois (TL) se sont associés au Centre de transports de l’EPFL et à l’Observatoire universitaire de la mobilité de l’Université de Genève pour analyser les données 2010 et les comparer avec les données de 2000 et 2005. Les résultats disponibles depuis quelques semaines sont issus de ce zoom. ­Celui-ci permet d’élaborer des images plus précises de ce qui se passe dans les deux communes et les deux cantons que les grandes moyennes à l’échelle nationale.

En effet, la baisse constante du nombre de voitures, que l’étude observe à partir de l’an 2000, contraste avec les relevés du taux de motorisation en Suisse. Ce dernier accuse toujours une légère hausse. Il s’établit en 2013 à 537 voitures de tourisme pour 1000 habitants, soit un total de 4,32 millions d’automobiles. A Genève, le taux s’établit à 473 et, dans le canton de Vaud, à 533. Le Valais, le Tessin, et Thurgovie dépassent le seuil des 600 unités pour 1000 résidents.

Les chercheurs enregistrent également le succès des abonnements de transports publics, quels qu’ils soient. En dix ans, ils ont augmenté de 16%. En ville de Genève, 57% des habitants possèdent un abonnement. A Lausanne, le pourcentage est de 64%.

Le recours plus important aux transports publics dans les deux villes découle de cette évolution. A Genève, leur part grimpe de 14% en une décennie. Lausanne connaît un développement similaire, quoiqu’un peu moins spectaculaire. Dans la capitale vaudoise et dans le canton en général, note Sébastien Munafò, l’un des auteurs de l’étude, les investissements consentis commencent à porter leurs fruits: le métro M2, le rail et son RER séduisent.

Bien que moins marquée, la tendance à la diminution des voitures affecte l’ensemble du territoire des deux cantons. Même dans les périphéries, les habitants cherchent à privilégier les transports en commun. La raréfaction des places de parc en ville destinées aux pendulaires contribue à ce changement de pratique.

Dans ce contexte, les jeunes de 18 à 25 ans ne semblent pas pressés d’obtenir un permis de conduire. C’est une tendance nationale, voire internationale. A Genève, près de la moitié de cette tranche d’âge en est dépourvue. Dans le canton de Vaud, on en compte quatre sur dix. A partir de 25 ans, par contre, le nombre des personnes sans «bleu» chute à moins de 15% dans les deux cantons. Il faudra attendre que les moins de 25 ans vieillissent pour savoir s’ils renoncent durablement à la voiture ou s’ils retardent uniquement l’échéance.

Même si la mobilité dite douce est en expansion, l’usage du vélo ne décolle pas. Sur la période ­sondée, il reste stable à 2% des déplacements effectués. La croissance démographique de la région lémanique fait progresser le nombre de cyclistes mais, dans les faits, la bicyclette souffre des ­conditions de circulation peu favorables, des craintes des usagers potentiels et d’aménagements encore défaillants.

Finalement, à Genève et à Lausanne, c’est la marche qui s’impose. Depuis 2000, elle gagne huit points à Genève et six à Lausanne sur tous les déplacements urbains. Une certaine congestion des transports publics pourrait expliquer cette explosion, avance Sébastien Munafò. Les auteurs de l’étude encouragent par conséquent le développement d’aménagements piétons plus audacieux. Il faut dire que, contrairement au cas des cyclistes, la cause du piéton n’est pas soutenue par un lobby actif et influent.

La recherche de l’EPFL remarque encore que Genevois et Vaudois sautent peu volontiers d’un vélo à un train pour se rendre au travail ou faire leurs achats. L’«intermodalité», c’est le terme consacré, n’est pas très pratiquée.

Par contre, les voyageurs, en fonction de la destination, du but de leur déplacement et de la distance, utilisent l’un ou l’autre des moyens de transport. C’est ce que les spécialistes appellent l’approche «multimodale», pour laquelle les chercheurs suggèrent des politiques publiques renforcées.

Les trajets pour les loisirs illustrent à merveille ce type de conduite. Aux bords du Léman, comme ailleurs en Suisse, les loisirs génèrent plus d’un tiers des déplacements et des kilomètres parcourus. Et, contrairement à la mobilité liée au travail, la voiture domine toujours largement.

Les chercheurs viennent à se ­demander s’il ne faudrait pas commencer à prendre des mesures non seulement pour le trafic pendulaire mais également pour celui du week-end.

Même si la mobilité dite douce est en expansion, l’usage du vélo ne décolle pas