Deux continents, des réformes similaires, mais une gestion plus consensuelle. Conséquence: le Québec n'a pas connu, à l'image de la Suisse romande, de guerre des notes. Robert Bisaillon avoue que le principal écueil de la réforme de l'enseignement obligatoire que la province canadienne conduit depuis quelques années fut clairement la suppression des notes. «Mais maintenant la résistance a passé», précise le sous-ministre adjoint au Ministère québécois de l'éducation. Une résistance qui s'explique notamment par le fait qu'à l'issue des états généraux de l'éducation tenus en 1995 – point de départ de la réforme –, jamais le mot «compétences» n'est apparu. «D'où la tension qui s'est fait jour entre connaissances et compétences», relève Claude Lessard, professeur à l'Université de Montréal.

Les écoles primaires québécoises, organisées en trois cycles d'apprentissage de deux ans, ont concrètement plusieurs instruments d'évaluation à disposition pour pallier l'absence de notes. Parmi les principaux figure le journal de bord de l'enseignant. Peuvent y être inscrites des observations récoltées au jour le jour sur le climat de la classe, ou la réaction de l'élève à certaines activités. Pour qu'il soit utile, il doit être tenu dans la continuité. Parallèlement, l'élève a aussi son propre journal de bord. Ce dernier peut y faire part de ses difficultés, de ses réussites, de ses opinions. Ce journal fait également office d'espace d'échange avec l'enseignant, qui y apporte des commentaires. Enseignante à l'école des Étincelles, Hélène Langlois est elle-même très prolixe: «Je ne corrige toutefois pas toutes les fautes qui pourraient y figurer, mais mets plutôt en évidence les bonnes idées et le bon usage de certains mots.»

Autre instrument d'évaluation: le portfolio, où l'élève fait état de plusieurs de ses réalisations et de commentaires ou réflexions. Parent d'élève, Albert Marier juge cet outil utile. Pour lui, le «bulletin» d'évaluation qui est remis à chaque élève plusieurs fois par an ne constitue plus une surprise. D'autant qu'en cours de cycle d'apprentissage, plusieurs tests, qu'on appelle des «comment ça va» à l'école des Étincelles, permettent de cadrer l'élève. Hélène Langlois se laisse la possibilité pour sa part d'évaluer un élève en tout temps, de façon individualisée. Si l'école québécoise fait la part belle aux compétences, elle ne bannit pas pour autant les connaissances qu'on juge précisément comme étant la base de certaines compétences.

Si la réforme semble avoir bien pris dans les écoles ciblées, du chemin doit encore être fait en termes de formation des enseignants, estime Laïla Valin, directrice de la Direction de l'évaluation du ministère de l'éducation. Cela étant, en dépit de l'intégration progressive du nouveau système d'évaluation, quelques problèmes continuent de se poser et ne sont pas sans rappeler la situation romande. Comment assurer le passage de l'école primaire à l'école secondaire (cycle d'orientation)? Le Québec ne semble pas pour l'heure avoir trouvé la solution miracle, même si, en réformant l'ensemble de l'enseignement obligatoire, il a réduit le choc du passage au secondaire. Preuve en est l'épreuve obligatoire imposée par le Ministère de l'éducation en français à la fin de la 6e année primaire. Une épreuve qui peut durer deux semaines, mais que les commissions scolaires supervisant les écoles ne sont légalement pas tenues de prendre en compte…