Le droit des pauvres n'existera plus. Instaurée à Genève en 1845, cette taxe de 13% prélevée sur la valeur de tous les billets de spectacles et de manifestations sportives était pourtant devenue une tradition. Sensibles aux arguments des professionnels du spectacle qui leur ont promis une baisse des tarifs si le droit des pauvres était supprimé, les Genevois ont approuvé dimanche à 54,6% l'initiative pour la disparition de la taxe. Dans le même esprit, ils ont rejeté à 51,8% le contre-projet du gouvernement qui proposait d'abaisser le prélèvement à 10%. Néanmoins, la perception est maintenue sur les loteries, les tombolas et les jeux de hasard, sauf s'ils sont organisés par des associations sans but lucratif ou caritatives.

Même si le résultat n'est pas aussi net qu'ils l'avaient prévu, les initiants jubilent. «Cette taxe était injuste, discriminatoire et antisociale, car elle s'attaquait aux gens qui n'ont pas de gros revenus», affirme Pierre Kunz, président du comité d'initiative. Et l'ex-député radical de poursuivre: «Sa suppression ne portera pas atteinte aux plus démunis puisque le canton continuera de subventionner l'Hospice Général, le principal bénéficiaire du droit des pauvres.»

Pour l'Etat, la suppression de cette taxe représente dans ses caisses un trou d'environ 20 millions de francs par an. «Nous allons devoir modifier en conséquence notre budget 2001», annonce le président du gouvernement, Guy-Olivier Segond. L'Etat devra combler la suppression de ces recettes, qui rapportaient 70% à l'Hospice Général, soit 13,7 millions de francs en 1999. «Le canton ne diminuera pas sa subvention à l'Hospice Général, mais il faudra trouver cette somme ailleurs, note Dominique Hausser, président des socialistes genevois et membre de la commission des finances. La question est de savoir où.» Guy-Olivier Segond dévoile une piste: «A gauche, certains proposent d'augmenter d'un point le centime additionnel sur les personnes morales.»

«La suppression du droit des pauvres va également causer un tort aux associations qui recevaient une subvention pour des projets d'ordre social», regrette Dominique Hausser. «Même si on n'a pas parlé d'elles pendant la campagne, ce sont 1200 associations qui seront touchées», renchérit Guy-Olivier Segond.

Le droit des pauvres ne devrait plus être prélevé à partir du 1er janvier 2001. La réduction sera-t-elle visible sur le prix du billet? «Bien sûr, affirme Pierre Kunz. Les propriétaires des salles de cinéma se sont engagés à réduire de deux francs le tarif des billets de plus de 12 francs et j'ai des engagements écrits d'autres professionnels.» «Nous allons voir si ces promesses sont tenues et maintenues», commente le président du gouvernement genevois. Toutefois, cet avertissement n'a pas de valeur, car si au bout de quelques mois les billets augmentent à nouveau, le canton ne pourra rien faire.