Si sa responsabilité avait été entière au moment de tirer à l’arme automatique sur sa nièce, lui causant ainsi des lésions «extraordinairement importantes» par pure jalousie et par crainte de perdre le contrôle sur la situation familiale, ce Genevois aurait mérité de 15 à 18 ans de prison, a souligné mardi la présidente Isabelle Cuendet en résumant le verdict. De sérieux troubles mentaux ayant fortement altéré sa volonté, le quinquagénaire se voit finalement infliger une peine privative de liberté de 5 ans. Celle-ci est suspendue au profit d’une mesure institutionnelle que le Tribunal correctionnel souhaite voir se dérouler en milieu fermé. En clair, il est condamné à se soigner en prison et cela peut durer longtemps.

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Le tribunal n’a eu aucun doute sur le déroulement des événements, le prévenu ayant d’ailleurs fait des aveux immédiats avant de nuancer son récit. La décision retient que l’homme, mû par des mobiles totalement futiles, a tout mis en œuvre pour tuer sa nièce de 24 ans. Le crime était clairement prémédité. Il a soigneusement munitionné une arme de guerre, il a attendu près de cinq heures le retour de sa victime, il a tiré dix-neuf balles quasiment à bout portant et en rafale alors qu’un seul de ces projectiles peut tuer à une distance de 300 mètres.

Expertise française privilégiée

La jeune femme, brillante étudiante en droit que son oncle enviait et refusait de voir partir, n’a eu la vie sauve que grâce à l’arrivée rapide des secours et à son extrême combativité, ajoute le tribunal. L’homme est reconnu coupable d’un délit manqué d’assassinat mais aussi de mise en danger de la vie d’autrui. N’importe quel voisin ou visiteur se trouvant dans la zone létale théorique, délimitée par les experts, aurait pu être blessé ou tué, relèvent encore les juges.

Le tribunal a suivi les conclusions convergentes des deux expertises psychiatriques rendues dans ce dossier. Non sans qualifier le rapport des spécialistes français Pierre Lamothe et Guillaume Giret de beaucoup plus complet et convaincant que celui de leurs confrères du Centre universitaire romand de médecine légale. L’irresponsabilité totale, plaidée par la défense «sans élément pertinent» à la clé, a été écartée.

Empathie quasi inexistante

Pour fixer la peine, les juges ont retenu une faute extrêmement lourde et un mobile très égoïste. «Il est particulièrement grave qu’il s’en soit pris à sa nièce qui avait toute confiance en lui.» Touchée par quatorze projectiles, la victime, qui a déjà subi une trentaine d’opérations et passé une année à l’hôpital, reçoit un tort moral global de 120 000 francs. L’empathie et les regrets manifestés par le prévenu sont qualifiés de très limités, notamment en raison de ses troubles.

Le quinquagénaire, sans antécédents judiciaires, avait eu un parcours professionnel chaotique avant d’entamer et de réussir de tardives études de droit. Il est détenu provisoirement depuis 831 jours, soit depuis ce 29 mai 2015 où il s’est rendu à pied au poste de police pour avouer son crime.