Le 2 mai prochain, la commission d'éthique sur le génie génétique non humain organise son premier débat public sur la dissémination d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Il était temps. Comme le montre un sondage du WWF publié par Le Matin de lundi, trois Suisses sur quatre restent sceptiques face à l'utilisation du génie génétique dans l'agriculture. Depuis le rejet en 1998 de l'initiative «Pour la protection génétique», les fronts ne sont calmés qu'en surface.

Or la commission de douze éthiciens créée il y a deux ans pour conseiller le gouvernement et informer le public affiche jusqu'ici un bilan mitigé, pas uniquement par sa faute il est vrai. Confrontée d'emblée à deux versions de l'article constitutionnel fondant son travail (le texte allemand parle de «dignité de la créature», le français d'«intégrité des organismes vivants»), elle a dépensé pas mal d'énergie à «disserter sur le sexe des anges», comme le dit un de ses membres, Alex Mauron.

Pendant ce temps, c'est par la presse qu'elle apprenait certaines propositions concernant la question très sensible de la dissémination des OGM! Le ministre de l'Environnement Moritz Leuenberger s'est fendu d'une lettre pour expliquer qu'il fallait du temps pour intégrer l'avis des éthiciens aux circuits administratifs... Mais pour la conseillère nationale écologiste Ruth Gonseth, la commission, manquant de moyens, «n'a pas encore établi sa crédibilité auprès du public». Interview de sa présidente.

Le Temps: Le projet Gen-Lex du Conseil fédéral vous satisfait-il, notamment le régime d'autorisation proposé pour la dissémination d'OGM?

Andrea Arz de Falco: Si notre commission était satisfaite, elle ne proposerait pas une discussion publique sur différentes options, de l'autorisation à l'interdiction en passant par le moratoire. Les arguments retenus jusqu'ici sont d'ordre politique. Il me semble qu'on n'a pas assez pris en compte l'avenir de la paysannerie suisse: ainsi comment faire pour que coexistent des cultures biologiques avec une agriculture high-tech?

– Que pense votre commission de la dissémination d'OGM?

– Elle est assez partagée sur l'idée d'un moratoire de dix ans. A titre personnel, je suis favorable à un moratoire différencié retardant les essais commerciaux et encourageant simultanément les projets scientifiques grâce auxquels nous accumulerons des données utiles. Il faut donner un signal à la population en développant un discours public responsable sur la faisabilité et la souhaitabilité des cultures OGM à grande échelle.

– Vous avez rejeté à l'unanimité une demande de dissémination expérimentale de maïs transgénique. Pourquoi?

– Même nos membres favorables au génie génétique l'ont refusée, la conscience tranquille. La documentation du demandeur était insuffisante, le débat très tardivement ouvert, son objectif plus commercial que scientifique: de telles démarches ressemblant à un fait accompli sont contre-productives.

– Depuis deux ans, on vous a peu entendus et parfois peu consultés. Etes-vous une commission-alibi?

– Je ne dirai pas cela. Nous affrontons des processus administratifs rigides, mais nous sommes en train de nous imposer comme partenaires de dialogue. Les milieux opposés au génie génétique qui refusaient en 1998 de rejoindre notre commission qu'ils voyaient sous influence des scientifiques et des partis bourgeois manifestent aujourd'hui un grand intérêt pour notre travail. Et nos débats sont sereins.

– Avez-vous subi des pressions de l'industrie?

– Elle se montre très intéressée à des échanges, mais jamais je n'ai senti une tentative d'influencer nos travaux.

– Génie génétique non humain, procréation assistée, xénotransplantations: les commissions d'éthique se multiplient. Pourquoi pas les regrouper pour leur donner plus de poids et d'efficacité?

– Par rapport à des commissions similaires créées à l'étranger, nous sentons sans doute les limites du système de milice. Mais je ne sais pas s'il est souhaitable de professionnaliser l'éthique. Nous devons avant tout conserver notre indépendance et notre crédibilité auprès du public.

– Cet automne sera mis en consultation un avant-projet de loi sur le brevetage d'organismes vivants. Où en est votre réflexion sur ce point?

– Mes réticences viennent surtout des problèmes posés au tiers-monde et, de manière générale, à tous ceux qui peuvent être exclus de ce mécanisme. De plus, j'ai des doutes sur la transparence et la sécurité des investissements que les partisans des brevets disent défendre. Je constate que ces doutes existent aussi dans la communauté scientifique, où le brevet obscurcit souvent la publication de travaux. Il me semble qu'il existe d'autres moyens de protéger les découvertes.