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Boucherie ovine à l'occasion de la fête musulmane Aït El Kebir. Ferme et boucherie du Pré-Vert, Genthod.
© ©Mark Henley / Panos Pictures

Tradition

A Genthod, le sacrifice des moutons de l'Aïd se fait «à la suisse»

Les musulmans célèbrent l’Aïd el-Kébir, où chaque famille doit tuer un mouton en souvenir du sacrifice d’Abraham. Récit d’un rituel célébré dans une ferme genevoise, avec un abattage conforme aux normes helvétiques

Redouane, un Genevois d’origine algérienne, a été le premier arrivé «pour bien choisir mon mouton». Il le veut pas trop gros, car le coût le rebute un peu (22 francs le kilo), «et pas trop beau». «L’an passé, mon fils a choisi le plus joli et quand il a compris qu’il allait être tué, il s’est mis à pleurer. Donc je vais en prendre un moche», raconte-t-il. Dès 7h30 ce vendredi, une journée spéciale commence à la ferme et boucherie du Pré-Vert à Genthod (GE). C’est l’Aïd el-Kébir, la grande fête des musulmans du monde entier. On y célèbre le sacrifice d’Abraham, prêt à égorger son fils unique pour éprouver sa foi et montrer sa soumission à Dieu, qui l’arrête au dernier moment en mettant un mouton à la place.

A Genthod, 200 ovins élevés par Michel Cretegny, le propriétaire des lieux, vont éprouver la lame. Sa ferme est la seule dans le canton agréée par le Service des affaires vétérinaires pour réaliser le rituel religieux. Dans les pays musulmans, le mouton est égorgé au domicile par les plus anciens ou ceux qui portent le titre de hadj (qui ont effectué le pèlerinage à La Mecque). En Suisse comme dans la plupart des pays européens, l’abattage n’est autorisé que dans des lieux précis et sous certaines conditions. Sous la pression des défenseurs des animaux, une loi fédérale datant du 9 mars 1978 préconise un étourdissement obligatoire avant la saignée.

Présent à Genthod toute la journée avec deux autres collègues pour observer le bon déroulement, Olivier Romand, vétérinaire contrôleur de viande, explique: «La décharge électrique de 220 volts ne tue pas l’animal mais l’étourdit. Avant de l’égorger, le sacrificateur touche l’œil et, s’il réagit, on lance une seconde décharge.» Ce compromis satisfait tout le monde, y compris les autorités religieuses musulmanes, pour qui il importe avant tout que la bête soit vivante, même si elle est inconsciente. «La viande est bel et bien halal, c’est-à-dire licite», assure Rachid, le sacrificateur à Pré-Vert. Il a été formé par Ismaël, un boucher bernois converti à l’islam, aujourd’hui parti à la retraite.

Rachid étourdit la bête et propose à son acquéreur d’assister à l’égorgement sous son contrôle. «La tête de l’animal est tournée vers La Mecque et on prononce une formule sacrée en passant la lame», précise Rachid. Mais peu de fidèles participent à la saignée. Surtout pas Redouane, le premier arrivé: «Moi, j’achète un mouton parce que l’Aïd el-Kébir est la célébration du partage. On doit donner un tiers de la viande aux nécessiteux, le reste aux voisins et amis et on en garde un peu pour la famille. Je ne mange que le foie et la crépine.»

Toute une Genève internationale

La ferme de Genthod a fonctionné sans pause de 7h à 17h vendredi dans une parfaite organisation. Cuni Bislim, le responsable de la boucherie, résume: «Les gens doivent réserver à l’avance leur mouton, venir à une heure précise pour le choisir dans les enclos et ils repartent avec la viande découpée.» Des Turcs, des Marocains, des Kosovars, des Sénégalais, des Soudanais: une Genève internationale s’est pressée à Genthod. Voitures diplomatiques ou privées, personnes de milieu aisé ou de toute évidence plus modeste, chacun est reparti avec sa côte ou son collier d’agneau.

Ce jour-là, la plupart des employeurs genevois libèrent leurs employés de confession musulmane, les organisations internationales fonctionnent au ralenti, l’ONU ferme ses portes. Le Département de l’instruction publique autorise par ailleurs les élèves musulmans à ne pas se rendre en classe. Un Tunisien dit à son fils: «Au pays, une semaine avant le sacrifice, les enfants colorent au henné leur mouton et ils le promènent dans la rue comme ici on tient un chien en laisse. Il y a aussi dans chaque quartier des béliades, des combats organisés entre bêtes, et le vainqueur est épargné.» A Genthod, on est certes loin de l’ambiance de fête «au bled», qui dure trois jours, mais les visages sont tout de même radieux.

Des mécontents

Il y a cependant des mécontents. Ceux notamment qui jugent que le sacrifice soft à la mode helvétique est haram (illicite). Certains s’en vont donc en France chercher leur viande de mouton, de manière plus ou moins légale. En Haute-Savoie, trois abattoirs agréés par l’Etat pratiquent l’abattage rituel, mais, contrairement à la Suisse, l’étourdissement préalable avant la saignée n’est pas requis. Ce qui garantirait, pour certains, le label halal. Autre mécontent: Jean-Luc Addor. Le conseiller national UDC valaisan reconnaît qu’il y a des contrôles le jour de l’Aïd, mais peu le reste de l’année. «Désormais, en France, 60% des viandes sur le marché sont halal, et les non-musulmans ne le savent même pas, dit-il. Je crains que cela n’arrive en Suisse, avec une immigration qui augmente et un taux de natalité élevé chez ces populations.»

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