C'est un dossier inextricable sur lequel le Conseil d'Etat fribourgeois bute depuis des années. Celui-ci cherche à mettre en place sur le sol cantonal une aire d'accueil pour les gens du voyage. Le hic, c'est que sitôt un emplacement retenu, les riverains (propriétaires de terrains comme communes) s'opposent avec véhémence à ce choix. Comme le résume prosaïquement Georges Godel, directeur de l'Aménagement, de l'environnement et des constructions, chargé du dossier depuis janvier 2007: «Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut trouver une solution, mais pas chez lui.» Le gouvernement cantonal avait suggéré des sites à Granges-Paccot et à Bulle. Répondant à un mandat parlementaire, il propose maintenant un nouvel emplacement, à Sâles, en Gruyère, en bordure de l'autoroute A12.

Le Temps: Vous proposez un nouvel emplacement cantonal pour les gens du voyage, mais la population riveraine ne s'est pas encore prononcée. Cet endroit est-il réaliste?

Georges Godel: J'ai toujours eu la même stratégie. Je me base sur la commission des gens du voyage pour proposer des sites, puis le Grand Conseil tranchera. Des députés gruériens m'ont fait des propositions, après avoir sondé les propriétaires de terrains. J'ai retenu deux emplacements à Sâles, qui me semblent réalistes. Le premier d'entre eux surtout, situé en bordure de l'autoroute. Il a les faveurs des autorités communales, et le propriétaire est d'accord de vendre la parcelle à l'Etat, mais exige que l'accès se fasse par l'aire de repos autoroutière adjacente. Nous devons donc encore obtenir l'aval de la Confédération.

- Ne craignez-vous pas un mouvement de rejet de la population locale?

- Nous n'arriverons jamais à satisfaire tout le monde. Je ferai prochainement une séance d'information pour la population concernée.

- Une parcelle accessible uniquement depuis l'autoroute. N'est-ce pas une solution trop compliquée?

- Je suis conscient que cela engendrera des difficultés. La Confédération ne s'est d'ailleurs pas montrée très enthousiaste. Mais j'ai réellement envie d'approfondir et de faire une intervention à Berne pour obtenir cette autorisation. Le problème des gens du voyage n'est pas fribourgeois, mais suisse. Nous devons trouver des solutions.

- Les gitans se satisferaient-ils de cette solution?

- Selon mes informations, obtenues notamment auprès de la police, ils sont prêts à accepter chacune des deux parcelles que nous avons repérées à Sâles.

- Le dossier des aires d'accueil pour les gens du voyage est un serpent de mer de la politique fribourgeoise. Est-il insoluble?

- Il est soluble. Je n'ai pas l'intention de laisser dormir ce dossier, je veux le résoudre.

- Que ferez-vous en cas d'échec de cette nouvelle proposition?

- La situation est claire. Le mandat déposé au Grand Conseil signifie que le gouvernement doit émettre des propositions. Nous en avons fait trois, à Sâles, à Granges-Paccot et à Bulle. Au cas où, contrairement à mes attentes, cela échouerait à Sâles, le choix se porterait sur Granges-Paccot en premier et Bulle en second. En parallèle, nous poursuivons nos démarches avec le canton de Vaud en vue d'aménager conjointement une aire d'accueil à Payerne.