Candidat à sa réélection, le conseiller d’Etat PDC Georges Godel explique comment Fribourg a accumulé un trésor de 1,127 milliard de francs suisses et ce qu’il compte en faire.

Le Temps: Plus d’un milliard de francs suisses. On n’a jamais autant parlé de la fortune du canton de Fribourg que durant cette campagne pour les élections cantonales. On sait qu’elle provient de vente de l’or excédentaire de la Banque nationale suisse, dont le produit a été redistribué au canton en 2005. Mais où est-elle, cette fortune?

Georges Godel: J’ai une mauvaise nouvelle. Cette somme, je ne l’ai pas dans mon bureau et elle n’est pas sur un compte courant non plus. Plaisanterie mise à part, cette fortune sert de garantie de l’Etat envers la Caisse de prévoyance du personnel de l’Etat de Fribourg. Il s’agit de 1,291 milliard de francs suisses qui couvrent ses engagements actuariels. Cet argent est réparti entre les principales banques actives à Fribourg. Nous ne prenons aucun risque dans nos placements. Mais nous ne sommes pas affectés non plus par les taux d’intérêt négatif.

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– Fortuné, le canton de Fribourg a également bouclé ses comptes 2015 sur un bénéfice de 126 millions de francs suisses. Comment s’explique cette bonne situation financière?

– Ce bénéfice résulte de rentrées d’argent qui n’étaient pas prévues. Contrairement à nos attentes, nous avons reçu 48 millions de la BNS. Et 45 millions proviennent d’impôts qui n’avaient pas été budgétisés. Il s’agit donc d’une année particulière. Car je rappelle que les comptes 2013 ont affiché un léger déficit et les comptes 2014 un léger bénéfice de 200’000 francs suisses.

– Néanmoins, vous êtes régulièrement accusé de pingrerie. Vous vous reconnaissez dans le surnom de Picsou qu’on vous attribue?

– Je l’admets, je suis intransigeant avec le budget de fonctionnement. Je vous fais cependant remarquer que durant cette législature, les charges ont augmenté de 7,8%. Dans le détail, la hausse a été de 9,1% pour la formation, de 9,6% pour la santé et de 10,8% pour la prévoyance sociale.

– Peut-être, mais le conseil d’Etat actuel est régulièrement accusé de manquer de vision, de ne pas investir suffisamment?

– Je suis toujours prêt à investir. Je serais même heureux si je pouvais investir davantage et plus vite. Nous devons être plus efficaces, faire confiance à nos chefs de service et arrêter de couper les cheveux en quatre. Durant cette législature, des projets d’investissement pour un montant de 90 millions n’ont pas pu être concrétisés pour diverses raisons, alors que les décisions étaient prises. Je pense notamment à la construction de la nouvelle ferme-école de Grangeneuve.

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Le Grand conseil a accepté le crédit en mai dernier et il n’y a toujours pas de mise à l’enquête. L’Etat doit changer ses méthodes de travail, améliorer sa capacité entrepreneuriale. Il doit aussi intensifier ses relations avec les entreprises de la place pour que nous puissions trouver ensemble les meilleures solutions. Les travaux doivent démarrer plus vite.

– Justement, où faut-il investir pour faire rêver les Fribourgeois?

– Je citerais le renforcement du Grand Fribourg, soit la capitale et les communes alentour. Deux chantiers sont à mon avis prioritaires: une nouvelle liaison routière entre les communes de Marly et de Matran et surtout la couverture de l’autoroute A12 à Givisiez. Je suis convaincu de la pertinence d’agir à Givisiez, dans le quartier de Chamblioux plus précisément.

A cet endroit, l’autoroute forme une césure entre Givisiez, Granges-Paccot et Fribourg. Ce projet pourrait donc unifier tout le Grand Fribourg, en plus d’offrir un important potentiel de densification urbaine. Je propose que le canton finance un tel projet à condition que le Grand Fribourg fusionne. C’est l’occasion rêvée de montrer que le Gouvernement a une vision.

– Une fortune, des projets, des comptes bénéficiaires… Est-ce encore justifié de toucher 427,7 millions de francs suisses de la péréquation financière?

– La péréquation financière est basée principalement sur l’indice des ressources des cantons. Cela concerne donc les charges de fonctionnement, et non pas la fortune ou les investissements. Pour le canton de Fribourg, la somme qui lui revient est dans une phase descendante, ce qui signifie que notre situation s’améliore. Maintenant, il y aura forcément de nouveaux calculs avec la RIE3, la réforme des entreprises.