«Ceux qui appellent à boycotter nos enquêtes rendent notre travail plus difficile»

Questions à

Le chef du groupe parlementaire UDC, Adrian Amstutz, s’en est pris à l’Office fédéral de la statistique (OFS). Estimant certains travaux superflus, il veut diviser son budget et son effectif par deux. Le directeur de l’OFS, Georges-Simon Ulrich, sort de sa réserve et réplique.

Le Temps: L’OFS publie-t-il des statistiques superflues? Georges-Simon Ulrich: Non. C’est le parlement qui définit les ­statistiques que nous publions. Ce sont des données que nous établissons pour tout le monde. Ceux qui les utilisent le font pour prendre des décisions plus pertinentes dans leur domaine d’activité. Nombre de cantons densifient leur échantillon à leurs frais pour obtenir des résultats encore plus détaillés – comme les cantons de Vaud et de Genève ou le Jura bernois.

Est-il déjà arrivé que l’OFS renonce à certaines statistiques?

– Oui: celles du tourisme. On y a renoncé en 2003 dans le cadre d’un programme d’économies. Mais la branche, les cantons et les régions se sont mobilisés pour réintroduire cette statistique dès 2005 sur la base d’un cofinancement.

Remettez-vous vos travaux et vos priorités en question?

– Nous nous demandons régulièrement, en étroite collaboration avec nos partenaires, à quoi nos différentes statistiques servent, quel usage en est fait, quelle en est la base légale, à quelles décisions elles servent de références.

En quoi la population profite-t-elle de vos statistiques?

– Sans données sur la natalité et la mortalité et sans scénarios démographiques, il serait difficile de planifier le financement des retraites. Sans statistiques démographiques, il ne serait pas possible de répartir les sièges au parlement ou de calculer la péréquation financière. Sans indications sur les coûts des traitements stationnaires et ambulatoires, on serait dans l’impossibilité de définir les mesures permettant de ralentir l’explosion des coûts de la santé. Il y a aujourd’hui un vaste débat sur les répercussions du franc fort sur la branche touristique. Ce débat se nourrit de nos statistiques. Je pourrais multiplier les exemples.

Adrian Amstutz a suggéré de diviser votre budget et votre effectif par deux. Quelles seraient les conséquences d’une telle décision?

– Il appartiendrait au parlement de dire à quoi nous devrions renoncer. Je constate toutefois que cette proposition va dans le sens contraire de la réalité: dans toute l’Europe, les demandes de données pour planifier des décisions sociales ou politiques ne cessent d’augmenter, et non l’inverse. Dans l’UE, on envisage d’au moins doubler les budgets des statistiques. Rien de tel n’est prévu chez nous. Et je vous assure que nous utilisons les deniers publics avec parcimonie.

Le directeur de l’Union suisse des arts et métiers a critiqué les questionnaires envoyés aux entreprises en raison de la charge qu’ils représentent. Que répondez-vous?

– Je peux comprendre que les PME considèrent parfois nos questionnaires comme une charge. Je leur réponds que le recensement des PME par secteurs d’activité est une information indispensable qu’on nous demande et qui est utilisée par les PME et les associations économiques pour leur stratégie et leurs revendications. Elles devraient par conséquent encourager les entreprises à jouer le jeu et non l’inverse. Ceux qui appellent à boycotter nos enquêtes nous rendent la tâche plus difficile: il nous faut engager davantage de ressources pour établir les statistiques avec la qualité voulue. D’ailleurs, l’Astag, l’association des transporteurs routiers présidée par Adrian Amstutz, utilise aussi nos données pour ses besoins.

Où avez-vous réalisé des économies ces dernières années?

– Une des principales économies a été réalisée grâce au nouveau mode de recensement de la population. Nous avons renoncé au grand recensement décennal et avons ainsi économisé 100 millions. En nous appuyant sur les registres existants, nous avons pu réduire la charge administrative. Cela nous a aussi permis de répondre à de nouvelles demandes dans des domaines tels que la santé, la mobilité et la formation.