Energie

La géothermie fait trembler le gouvernement jurassien

Un séisme de magnitude 5,4 qui s’est produit en Corée du Sud a des répercussions jusqu’en Suisse: une société helvète est partenaire d’un projet de forage possiblement lié à l’accident. Inquiétudes dans le Jura, sérénité à Genève

Le 15 novembre, un tremblement de terre a secoué la région de Pohang, en Corée du Sud. A-t-il été provoqué par les forages géothermiques entrepris à quelques kilomètres de l’épicentre dans le cadre du projet européen de recherche Destress? «Nous voulons le savoir. Lorsque j’ai appris ce qui était arrivé, j’ai informé le gouvernement et nous avons demandé un rapport d’analyse, car il y a soupçon d’interaction avec les opérations de stimulation hydraulique qui ont eu lien dans la région», commente le ministre jurassien de l’Environnement, David Eray.

L'inquiétude du magistrat jurassien s’explique par la présence dans le programme Destress de la société zurichoise Géo-Energie Suisse (GES), celle-là même qui compte forer le sous-sol de la commune jurassienne de Haute-Sorne pour produire de l’eau chaude et de l’électricité. Si la géologie est différente, la technique envisagée, la fracturation pétrothermale de la roche par injection d’eau en profondeur, est la même que celle qui a été utilisée sur le site coréen. C'est également celle qui a servi aux forages à Soultz-sous-Forêts (Alsace) et à Bâle.

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«Nous demandons à GES un rapport d’analyse de risques dans le projet de Pohang et une évaluation des similitudes avec celui de Haute-Sorne. Du résultat du rapport dépendra la décision du gouvernement jurassien d’autoriser ou non le lancement des travaux à Haute-Sorne. Tout est ouvert pour l’instant. Le rapport peut déboucher sur le statu quo, une modification du projet ou son arrêt pur et simple. L’analyse sera examinée par un groupe d’experts externe», commente David Eray.

«Un grand intérêt»

Dans une prise de position transmise au Temps, Géo-Energie Suisse livre les détails du séisme du 15 novembre, dont la magnitude était de 5,4. Un premier tremblement de terre s’était produit à 40 kilomètres de là le 12 septembre 2016, d’une ampleur de 5,8. Il fut d’ailleurs suivi de nombreuses répliques. Le gouvernement sud-coréen a ouvert une enquête pour savoir si un lien pouvait être établi entre le mouvement terrestre du 15 novembre et les essais de stimulation hydraulique effectués à la centrale géothermique toute proche en août et en septembre. GES précise aussi son rôle dans le programme Destress: la société mène des «tests de laboratoire en Suisse avant que ceux-ci ne soient utilisés dans des forages profonds».

GES dit avoir «un grand intérêt à une étroite collaboration avec les porteurs du projet sud-coréen dans les investigations relatives au récent tremblement de terre. Si une quelconque relation de causalité devait être établie, cela aurait en toute vraisemblance un impact sur les études de risques et les plans réalisés pour les projets de géothermie en Suisse», annonce le groupe zurichois. Il ajoute que le résultat des investigations coréennes servira à «affiner encore son concept de suivi et de prévention de la sismicité avant, pendant et après tous les travaux de développement du réservoir géothermique». David Eray rappelle à ce sujet que l’une des 136 mesures du plan spécial adopté par le gouvernement pour le projet de Haute-Sorne exige précisément qu’il soit adapté au «développement des connaissances en sismographie».

Pas d’inquiétude à Genève

Le gouvernement jurassien marche sur des œufs dans cette affaire. Déposée en avril, une initiative populaire cantonale visant à interdire tout forage géothermique sur le territoire jurassien vient d’être validée formellement par le parlement. Le gouvernement va désormais la traiter sur le fond et émettre une recommandation à l’intention du législatif cantonal. Celui-ci examinera le dossier en 2018 et une votation populaire cantonale suivra. «Nous voulons clarifier les choses rapidement», assure David Eray.

Qu’en dit-on à Genève, où les SIG et le canton viennent tout juste d’entamer un forage à Satigny? «Ce n’est pas le même type de géothermie et ce ne sont pas les mêmes profondeurs. Il n’y a pas à Genève de fracturation hydraulique ni de risques sismiques associés. Nos projets sont des projets hydrothermaux de moyenne profondeur», répond Véronique Tanerg, chargée des relations publiques aux SIG. A Genève, on compte descendre jusqu’à 650 mètres pour aller chercher de l’eau chaude à 25-35 degrés. Le projet de GES à Haute-Sorne ambitionne de ramener à la surface de l’eau chaude et de l’électricité récoltée à 4000 ou 5000 mètres sous terre, comme celui de Pohang. Tous ces projets sont motivés par la même ambition de remplacer les énergies fossiles par des agents renouvelables, comme le veut la Stratégie énergétique 2050 adoptée par le peuple en mai dernier. Sur le terrain, cela peut se révéler compliqué. Le projet de Bâle avait d’ailleurs été abandonné après que les forages eurent fait trembler la terre à raison de 3,4 sur l’échelle de Richter.

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