Mardi soir, 23 h 42: estimant la situation favorable, le canton du Jura a vendu la quasi-intégralité de sa participation au capital des Forces motrices bernoises, soit 3% ou 157 000 actions (il n'en a conservé que 1400). Acquéreur: les FMB elles-mêmes. Reçues du canton de Berne lors du partage des biens, à la création du canton du Jura en 1979, inscrites au patrimoine cantonal pour un montant de 4 millions, les actions ont été cédées au prix de 658 fr. 16. Total de la transaction: 103 331 120 francs. La plus-value est de 100 millions, soit l'équivalent de près de 20% de la dette cantonale et de 45% de la masse fiscale encaissée en une année. Un magot que le ministre des Finances, Gérald Schaller, affectera intégralement à l'amortissement de la dette.

Le Temps: L'action FMB a beaucoup progressé depuis son entrée en Bourse en été 2003. Pourquoi avoir vendu maintenant?

Gérald Schaller: Depuis que le gouvernement a décidé de vendre ses actions FMB il y a quelques semaines, le cours a, c'est vrai, encore augmenté, mais il plafonne sous les 700 francs. Tous les spécialistes consultés nous ont dit que le titre était très correctement apprécié. On peut ainsi dire que le canton du Jura fait une bonne affaire.

– N'avez-vous pas le sentiment de vendre des bijoux de famille?

– Je n'aime pas cette formule, qui discrédite l'opération et tend à faire croire que nous nous séparons d'une partie de notre patrimoine. Tout au contraire: nous avions un placement de nature exclusivement financière. Nous supprimons un risque considérable. Car le Jura avait tous ses œufs placés dans le même panier! Le canton n'a pas investi autant dans sa banque cantonale. Nous ne savons pas comment va fluctuer l'action FMB. Voilà pourquoi nous avons réalisé une opération purement financière. Rien à voir avec des bijoux de famille.

– Qu'allez-vous faire de ces 100 millions?

– Nous avons un découvert au bilan d'environ 80 millions. La plus-value réalisée l'absorbera. Et réduira implicitement l'endettement du canton. C'est important, car notre dette de plus d'un demi-milliard pèse très lourdement. La charge annuelle d'intérêts sera réduite de 2,5 millions. S'il faut évidemment considérer que nous ne toucherons plus de dividende FMB, notre marge de manœuvre s'accroît d'environ un million. Et nous serons moins vulnérables en cas de hausse des taux d'intérêt.

– Ces 100 millions de francs vous dispensent-ils des programmes d'économies prévus?

– En aucun cas. Nous étions en situation de découvert, nous comblons le trou. Pas question d'en creuser un nouveau. Nous visons l'équilibre du compte de fonctionnement annuel, et nous en sommes éloignés, avec des perspectives de déficits de 15 à 20 millions de francs. Les mesures d'économies sont plus indispensables que jamais.

– En vendant vos actions FMB, ne risquez-vous pas d'être «oublié» dans la distribution électrique?

– Ce n'est pas avec 3% du capital que nous pouvions infléchir la stratégie des FMB. Nous avons par ailleurs un partenariat avec les FMB et les consommateurs jurassiens restent des clients intéressants. La vente d'actions n'est pas une opération contre les FMB. Au contraire, nous l'avons réalisée en partenariat avec la société électrique.