Le Temps: Géraldine Savary, vous nous annoncez que vous ne vous présenterez pas au Conseil d’Etat vaudois en 2017. Quels éléments ont pesé dans votre décision?

Géraldine Savary: Il y a deux choses. Mon parti n’a pas besoin de moi dans cette élection. Les deux candidates annoncées, Roxanne Meyer Keller et Fabienne Freymond Cantone, ont suffisamment de poids pour aider le parti à conserver son troisième siège à l’exécutif vaudois. Ensuite, à Berne, j’ai la fonction dont je rêvais. Je m’y plais énormément, cela se voit dans mon sourire, paraît-il. Au bout de huit ans au Conseil des Etats, je vois les dossiers que j’ai portés devenir concrets. Et puis, en 2020, la présidence de la chambre haute me revient. Cela fait trente ans que le canton de Vaud ne l’a plus dirigée.

- Vous représentez un électorat solide dans le canton de Vaud, avec 53,9% de voix remportées aux dernières élections fédérales. En ne vous présentant pas, vous prenez le risque de laisser l’UDC s’emparer du troisième siège socialiste. En êtes-vous consciente?

- J’ai vraiment confiance en ces deux candidates qui proviennent de régions décentralisées. Il n’est pas nécessaire d’avoir des candidatures issues du Parlement. Roxanne Meyer Keller, par exemple est députée et syndique d’Avenches, elle réunit des voix broyardes et agricoles qu’elle va chercher hors du PS. C’est le cas de Fabienne Freymond Cantone également. Nous avons besoin de cela car la gauche réunie ne pèse que 38 à 39% des voix.

- Mais si vous y étiez allée, vous auriez été élue?

- J’ai un socle électoral et je suis armée pour ce type de scrutin. Cela ne veut pas dire que les autres ne le sont pas.

- En avril prochain, dans le scénario où la gauche serait en passe de perdre sa majorité au premier tour des élections, vous pourriez venir à sa rescousse?

- Bien sûr, c’est envisageable. Si ma famille politique a besoin de moi pour sauver la situation, je serais là.

- Quel rôle a joué la situation de votre mari Grégoire Junod, syndic de la ville de Lausanne, dans ce renoncement?

- Ça n’a pas été un élément déterminant. Cela aurait été inédit, compliqué mais compatible. Il y a bien des fratries qui se partagent des tâches politiques, comme souhaitent le faire les frères Steiert à Fribourg. En quoi les liens du mariage sont-ils plus délicats que les liens du sang? Et puis, j’ai passé ma vie politique à frayer des situations inédites pour les femmes. Lorsque j’ai été élue à Berne, j’étais enceinte et il n’y avait pas de congé maternité. J’ai été quasiment la première à accoucher de ma fille, entre deux sessions. Depuis, des dispositions ont été mises en place pour faciliter l’accès des femmes au parlement. Il faut avoir le courage de tracer une voie, sinon personne ne le fait. Je refuse de considérer que le mariage soit un plafond de verre qui prive la société d’une personne compétente, et ceci d’autant plus que les femmes en sont le plus souvent victimes.

- Pierre-Yves Maillard a récemment reproché au parti socialiste la place qu’il laissait aux «élites». Il a également dénoncé «les procès en populisme qui font florès». Comment avez-vous réagi?

- Selon moi, il n’y a pas d’élites, il y a des élus. Le peuple nous a donné la légitimité d’être là où l’on est. Mais je suis d’accord sur le fait que le parti a besoin de diversité et que l’on doit faire attention à ne pas compter que des universitaires urbains sur nos listes. Ensuite, si l’on entend dans le terme «populiste», la faculté de répondre aux attentes de la population, en défendant les bureaux de poste par exemple, ce n’est pas un défaut. Ce que l’on ne doit pas faire en politique, c’est flatter chez les gens les reflets les plus sombres de la nature humaine. C’est ce que je reproche à l’UDC qui joue sur l’exclusion, la crainte de l’autre. Pour moi, si l’on est populiste, c’est au contraire pour aller chercher chez les gens leurs aspects les plus nobles. En cela aussi, je soutiens Pierre-Yves Maillard.

- Comment avez-vous vécu le «Anne-Catherine Lyon bashing» qu’a subi votre camarade?

- J’étais honnêtement très mal à l’aise. Elle a sous-estimé la force des critiques et fait le choix de rester au pouvoir après quinze ans et un très bon bilan. Je n’étais pas pour, je le lui ai dit. Mais les sorties dans les médias, les propos en off de nos socialistes m’ont horrifiés. Personne ne mérite ça.

- Aujourd’hui, vous fermez les portes du château cantonal. Quelles sont vos ambitions?

- Je laisse passer pour cette fois la course au Conseil d’Etat mais cela ne veut pas dire que je renonce à un poste d’exécutif. Il n’est pas impossible qu’il y ait des changements en cours de législature et en attendant, je continue d’être passionnée par mes dossiers à Berne. Les budgets de l’aménagement Léman 2030 ont été votés, cela va pouvoir se faire. Je suis l’unique femme du Conseil des Etats à siéger à la Commission de la politique de la sécurité, je m’y investis beaucoup. Et la présidence du Conseil des Etats en 2020, ce n’est pas rien. Cela permettra au canton de se profiler fortement auprès de la Berne fédérale. Dans mon viseur à moyen terme, le Conseil fédéral est une option qui n’est pas impossible à atteindre.