L'affaire de l'Office des poursuites et des faillites de Carouge se porte désormais sur le terrain politique. Le chef du Département de justice et police et des transports, Gérard Ramseyer, pourrait se retrouver au cœur de la polémique, lors de la prochaine session du Grand Conseil, à la fin de la semaine.

Dans une interpellation urgente écrite, le député de l'Alliance de gauche et secrétaire syndical Rémy Pagani demande au Conseil d'Etat s'il ne devrait pas «se saisir de ce dossier et relever immédiatement le conseiller d'Etat Gérard Ramseyer de la responsabilité de l'Office des faillites et poursuites» comme la loi le lui en donne le pouvoir.

Selon le député de gauche, toujours prompt à dégainer, le patron de la Justice se serait «acharné» à minimiser les accusations syndicales de mobbing et les dysfonctionnements graves de l'Office des poursuites et des faillites de Carouge. Autre accusation, le fait que Gérard Ramseyer se serait opposé à ce que l'Inspectorat cantonal des finances (ICF) mène l'enquête, comme le demandait la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil. Rémy Pagani estime dès lors que Gérard Ramseyer «était et est parfaitement au courant des agissements de ses subordonnés et que, comme eux, il assume la responsabilité de leur comportement». Accusation plus grave, le député de l'Alliance de gauche craint la disparition inopinée de dossiers. Gérard Ramseyer n'a pas souhaité s'exprimer sur ces accusations, laissant au Conseil d'Etat le soin de répondre devant le Grand Conseil.

La charge précipitée du député Pagani, qui à ce stade n'avance pas d'élément déterminant pour impliquer la responsabilité politique de Gérard Ramseyer, semble un peu embarrasser ses amis politiques, qui misent, eux, sur le rapport de la Commission de contrôle de gestion, attendu pour ces prochaines semaines.

Saisie il y a près d'un an sur la base d'accusations faisant état d'abus dans l'embauche d'agents intérimaires à l'Office de Carouge, la Commission du Grand Conseil aurait en effet tiré un à un les fils mettant en évidence de graves problèmes de gestion. Comme le révélait une information parue samedi dans la Tribune de Genève, la commission aurait été saisie de dénonciations portant sur la pratique de loisirs, payés en heures supplémentaires, à la place de la présence au bureau, le copinage dans l'engagement de certaines personnes et l'attribution de mandats à la fiduciaire ATAG pour suppléer aux carences des fonctionnaires. La fuite embarrassait hier visiblement le Bureau du Grand Conseil, puisque la commission devait précisément vérifier le bien-fondé de ces accusations et faire la part des rumeurs et de la vérité.

On s'attend toutefois à ce que le rapport de la Commission de contrôle de gestion soit sévère quant aux responsabilités dans les carences de direction et le manque de surveillance des offices concernés. La commission, dont c'est la première grande enquête depuis sa création il y a un an et demi, joue sa crédibilité. Voilà qui relancera le dossier politique.