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Gerhard Pfister: «Nous avons le Conseil fédéral le plus faible depuis vingt ans»

Alors que le Conseil fédéral s’est contenté de mettre en consultation le projet d’accord institutionnel avec l’UE, le président du PDC regrette son manque de courage et de vision

A moins d’un an des prochaines élections fédérales, le PDC publie un papier de position sur le fondamentalisme religieux. Il y rappelle l’impérieuse nécessité du respect de l’état de droit et sa volonté de lutter contre l’émergence de sociétés parallèles. Interview avec l’instigateur de la démarche, le président Gerhard Pfister.

Pourquoi cette réflexion du PDC sur le fondamentalisme?

Le fondamentalisme représente un défi important pour la Suisse et pour l’Europe. Nous sommes le parti le mieux placé pour en parler, avec une longue expérience dans le domaine du règlement des différends entre l’Etat de droit et la religion. Le grand défi est de définir ce qui est permis dans une démocratie qui respecte l’Etat de droit et ce qui ne l’est pas.

Des événements vous ont-ils particulièrement inquiété récemment?

Il y a les mariages forcés, notamment d’enfants, qui augmentent en Suisse. Puis les actes terroristes commis en Europe, qui font peur à plus de 50% des Suisses. De plus, les agressions sur des femmes à Cologne et le fait que de jeunes Allemands d’origine turque aient soutenu la charia lors de la campagne de la réélection du président turc Recep Tayyip Erdogan sont tout aussi choquants. Nos grands voisins sont confrontés à des problèmes que nous ne connaissons pas en Suisse. Mais un parti comme le PDC se doit de réfléchir à tout cela et de proposer des solutions. Nous combattons l’émergence de sociétés parallèles.

Approuverez-vous l’initiative qui veut interdire la burqa?

Pour moi, c’est non à la burqa. Les deux tiers du groupe PDC aux Chambres fédérales ont par ailleurs soutenu cette position. Tout le monde est d’accord sur le fait que chacun doit montrer son visage dans l’espace public. C’est sur les moyens d’y parvenir que nous restons divisés. Plutôt que de passer par la Constitution, mieux vaut rédiger un contre-projet et régler le problème sur le plan législatif.

Ne risque-t-on pas de stigmatiser ainsi la religion musulmane?

Non. Les limites de la religion commencent là où débutent les droits humains. Avec la burqa, une femme perd en partie sa dignité.

Passons au dossier européen. Le projet d’accord institutionnel avec l’UE a-t-il une chance devant le peuple?

Pour le moment, non. D’une part, les syndicats s’y opposent, et sans leur accord, l’objet est condamné à échouer en votation populaire. D’autre part, le Conseil fédéral n’a toujours pas dit si l’accord était bon ou pas, c’est dire qu’il ne gouverne pas. Pendant cinq ans, le Conseil fédéral a laissé l’opinion publique dans le flou. Nous nous mentons à nous-mêmes et à l’UE, par manque de courage de dire les vérités qui fâchent.

Considérez-vous que les mesures d’accompagnement sont affaiblies par l’accord?

Oui. Mais je doute que nous arrivions à une meilleure solution avec l’UE. Nous devons maintenant envisager de renforcer la protection des salaires sur le plan intérieur suisse. Cela aura un prix.

Faut-il davantage de conventions collectives de travail?

Non, il faut éviter un surcroît de régulations, comme en France. Notre marché du travail très libéral est un grand avantage. Il faut continuer de discuter avec les partenaires sociaux. Parallèlement, nous devons reformer la grande coalition, de la gauche jusqu’au PBD, qui a permis de construire puis de consolider le bilatéralisme.

Est-ce vraiment possible?

C’est notre devoir, car la voie bilatérale est menacée. Le Conseil fédéral lui-même doit absolument s’engager davantage. Nous avons actuellement le plus faible gouvernement de ces vingt dernières années. Quand je suis arrivé ici à Berne, il y avait de fortes personnalités comme Christoph Blocher, Pascal Couchepin ou encore Micheline Calmy-Rey. Le climat était peut-être moins harmonieux, mais tous ces conseillers fédéraux avaient une vision. Actuellement, seuls Doris Leuthard et Alain Berset me semblent disposer d’une vision pour la Suisse.

Le PDC a perdu 29 sièges dans les parlements cantonaux depuis que vous êtes président. Quel est l’état de santé de votre parti?

Il se porte mieux qu’on ne le pense. Nous avons gagné des sièges dans les exécutifs ou les législatifs à Glaris, dans les Grisons, à Zoug, à Genève et à Neuchâtel. C’est encourageant. La Suisse a plus que jamais besoin du PDC. Au Conseil fédéral comme au parlement, la polarisation a tant augmenté que la présente législature est une législature perdue: nous n’avons résolu aucun problème, sauf en matière de politique énergétique. Or, c’est justement le rôle que doit jouer le PDC au centre de l’échiquier politique: rassembler, intégrer, concilier liberté et solidarité. Je suis convaincu que le peuple suisse redécouvrira la nécessité d’un parti aussi gouvernemental que le nôtre.

Votre section genevoise, qui a perdu un siège au gouvernement puis Guillaume Barazzone, se porte-t-elle aussi bien que vous le dites?

Ce parti cantonal traverse des turbulences, mais il a su réagir de manière forte en misant sur le renouveau et l’exemplarité. Il est l’une de nos sections les plus professionnelles. Je regrette les excès de Guillaume Barazzone en matière de notes de frais, mais j’ai un grand respect pour la clarté de sa réaction. A Berne, il a toujours fait du très bon travail.

Sur quels thèmes désirez-vous que votre nouvelle conseillère fédérale, Viola Amherd, mette l’accent?

Les nouvelles menaces comme l’extrémisme, le terrorisme et les cyberattaques posent d’immenses défis au Département de la défense (DDPS). Mais plus largement, Viola Amherd portera les valeurs du PDC sur l’ensemble des dossiers, comme la prévoyance vieillesse et les coûts de la santé. Pour que l’économie prospère, nous ne devons pas négliger la solidarité. Lier la réforme de l’imposition des entreprises à celle de l’AVS a été une idée du PDC. Nous sommes le seul parti bourgeois qui intègre la responsabilité sociale.

Craignez-vous de tomber sous la barre des 10% de suffrages et de perdre votre siège au Conseil fédéral?

Non, pas du tout. Nous resterons le parti le plus fort du Conseil des Etats. Aux deux Chambres, nous aurons toujours trois fois plus de sièges que les Verts. Je ne doute pas que nous resterons le quatrième parti de Suisse.

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