Trois hebdomadaires du dimanche annonçant chacun en tête de l’élection du 16 septembre un candidat différent à la succession de Pascal Couchepin, on voit que les pronostics sont loin d’être assurés. Qu’est-ce qui pourrait faire, d’ici à mercredi matin, la différence?

Les groupes parlementaires ne veulent pas se lier les mains et attendent les auditions programmées mardi après-midi, voire les conciliabules du mercredi matin, chacun observant les autres. Jusque-là, on entendra encore tout et son contraire et les opérations d’intoxication iront bon train. Tout le monde a en effet intérêt sinon à mentir franchement du moins à «économiser la vérité». Et personne ne s’en prive. La plupart des affirmations des uns et des autres relèvent de la gesticulation, y compris les appels du président du PS, Christian Levrat, à la transparence. Depuis l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf, on sait que la dissimulation est un instrument indispensable dans la boîte à outils de tout faiseur de conseillers fédéraux.

Manifestement, tous les groupes demeureront divisés. Comment leur détermination pourrait-elle être sans faille et péremptoire, quand le plus concerné d’entre eux, le groupe libéral-radical, qui joue une partie existentielle, est divisé entre ses deux candidats officiels?

Les autres également devraient partager leurs suffrages, dans les premiers tours, en fonction de convictions personnelles ou de calculs tactiques. Aucun n’a de toute façon une maîtrise pleine et entière du vote de ses membres, pas même le groupe UDC, qui a pourtant coutume d’exercer une surveillance serrée dans ses rangs, surtout quand l’un des siens est directement en cause, ce qui n’est pas le cas ici.

Par ailleurs, indépendamment des mots d’ordre, des considérations de différentes sortes peuvent se ­contrebalancer jusqu’au dernier moment dans chacun des groupes. Chez un démocrate du centre représentant les milieux agricoles, qu’est-ce qui va l’emporter, de la vieille rancune contre les démocrates-chrétiens blochericides, de la sympathie pour le refus exprimé par Urs Schwaller d’un accord de libre-échange agricole ou de la méfiance envers Christian Lüscher, qui doit avoir un côté un peu extraterrestre pour les robustes terriens de Suisse orientale?

En fonction de quoi un Vert choisit-il de voter blanc, ce qui constitue tout de même une abdication de son pouvoir, de trancher entre les nuances qui séparent Didier Burkhalter d’Urs Schwaller en matière d’écologie ou de donner sa voix, dans un vote protestataire mais inutile, à Dick Marty?

Tout cela reste à nuancer par la question de la langue, qui suscite un malaise certain dont l’impact demeure difficile à apprécier. Comme elle remet en cause la candidature d’Urs Schwaller, même la réaction la plus sincère et la plus désintéressée à ce sujet est nécessairement instrumentalisée et il demeure difficile d’apprécier son impact.

Le groupe agricole des Chambres fédérales, qui regroupe une bonne trentaine d’élus plus ou mois directement concernés par la politique agricole, a auditionné lundi après-midi les trois candidats, comme il le fait lors de chaque élection au Conseil fédéral. Seuls les élus du PLR et de l’UDC étaient présents à cette audition, qui n’a pas dû modifier beaucoup, selon les échos recueillis, la position des participants. Urs Schwaller a pu démontrer qu’il connaît bien les finesses de la politique agricole, acquises au cours de son activité au Conseil d’Etat fribourgeois. Sa marge de manœuvre est toutefois limitée s’il ne veut pas sombrer dans le populisme, dans la mesure où il ne pourrait pas s’opposer frontalement, au Conseil fédéral, à la politique de Doris Leuthard. L’audition des mêmes par le groupe UDC, mardi après-midi, devrait se révéler plus pertinente, entendait-on, car plus générale et plus révélatrice de leurs positions et de leur personnalité.

Il faut également tenir compte des choix tactiques, au niveau des groupes ou des personnes, en fonction des prochaines vacances au Conseil fédéral et des élections de 2011. Le soutien que la place financière genevoise apporte par voie d’encarts publicitaires à la candidature de Christian Lüscher suscite enfin quelques commentaires dans les coulisses. Le procédé est en effet inhabituel. On se souvient d’autre part que Hans-Rudolf Merz a été propulsé au Conseil fédéral par les milieux économiques et bancaires, qui attendaient de grandes choses de l’équipe formée par l’Appenzellois et par Christoph Blocher. Il ne va pas manquer d’esprits critiques pour faire remarquer que la pertinence de leurs choix n’a pas été absolument évidente au cours de la dernière législature, surtout au regard des événements de ces derniers mois.

Le groupe agricole des Chambres fédérales

a auditionné lundi après-midi les trois candidats