La pandémie. Les Suisses romands qui vont manger à Berne, les clubs qui ferment à Saint-Gall quand ils sont ouverts à Lausanne, les limitations de capacité aléatoires selon les cantons, le rassemblement de Nouvel An 2021 interdit en Valais mais pas sur Vaud. Le flou artistique complet, c’était il y a quelques mois.

Ce vendredi, la Conférence des gouvernements cantonaux (CdC) livrait son rapport sur la gestion de crise. Le bilan est mitigé. La numérisation de l’Etat doit notamment s’améliorer, estime la CdC, tout comme la communication interinstitutionnelle. L’organisation suggère 15 améliorations, dont voici les points principaux.

Qui décide de quoi, comment

Juin 2020: la Suisse sort de la situation «extraordinaire» pour entrer en situation «particulière». L’espoir est que le covid soit derrière nous, et une bonne partie du pouvoir décisionnel revient aux cantons. Quelques mois plus tard, c’est la douche froide. La deuxième vague frappe, Confédération et cantons se rejettent la patate pandémique et les fermetures s’abattent dans un désordre certain, suscitant (entre autres) la fureur des restaurateurs.

Pour éviter que ce genre de situation ne se répète, la CdC suggère d’améliorer et de préciser un certain nombre de choses. La «répartition des tâches entre Berne et les cantons en situation particulière» pour commencer, ainsi que «la répartition des coûts». A ce titre, la CdC estime nécessaire que «plus la marge de manœuvre des cantons est réduite en matière d’exécution, plus la Confédération participe aux coûts».

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La loi sur les épidémies doit également impérativement être révisée, dit la CdC. Notamment pour y inclure un chapitre sur les aides financières: «objectifs, critères, procédures, responsabilités», une précision générale est nécessaire, estime la Conférence. Enfin – la recommandation sent le vécu – les cantons préconisent des «interlocuteurs et guichets clairement définis» dans toutes les administrations en cas de crise sanitaire. Cela, notamment pour améliorer un dernier point transversal: la communication.

«La Confédération informe les cantons – quelle que soit la situation et même en cas d’urgence – avant de communiquer au public», articule sèchement la CdC. Les cantons n’ont manifestement pas goûté certains brusques revirements de Berne, dont la soudaineté a parfois mis les représentants dans une situation difficile – notamment face aux médias. «La prudence est de mise lorsqu’il s’agit de formuler publiquement des attentes d’un échelon envers un autre», ajoute la CdC, qui estime «une coordination permanente» nécessaire.

Et maintenant?

Souvent pointée du doigt, la mise en œuvre fédéraliste «à la Suisse» plane sur les recommandations formulées par les cantons. Comme lors de la pandémie, les sensibilités politiques colorent son appréciation générale. Président UDC des ministres cantonaux des Finances, le Zurichois Ernst Stocker estime par exemple que les fermetures différenciées n’étaient «pas si mal que ça»: «Il y a eu des fermetures en Suisse romande quand la Suisse alémanique restait ouverte, dit-il. Mais était-ce vraiment faux? Je pense que la Suisse a aussi bien traversé la crise car tout n’était pas toujours fermé en même temps.»

Représentant des ministres cantonaux de la Santé, le centriste de Bâle-Ville Lukas Engelberger admet cependant que d’un point de vue épidémiologique, en cas d’augmentation rapide des cas, «il n’est pas efficace de mettre en œuvre des mesures décentralisées». La prérogative jusqu’ici fédérale de tester la population pourrait revenir aux cantons à partir de janvier 2023. Pour lui, «ce n’est pas une bonne idée. Il faut garder une stratégie nationale». Quant au PLR grison Christian Rathgeb (PLR/GR), président de la CdC, il précise que le rapport en question ne représente qu’une partie des propositions cantonales: «Mon canton a également établi une liste de 50 suggestions.»

En attendant la prochaine vague

Si la Suisse vit à nouveau «comme avant», les trois hommes n’ignorent par ailleurs pas que la pandémie pourrait revenir cet automne. «La question d’un nouveau booster administré à la fin de l’été se pose, dit Lukas Engelberger. Nous n’avons pas encore de réponse à ce sujet. Il faudrait déjà que le produit existe.»

En attendant sa possible production, le Bâlois considère qu’une révision de la loi sur les épidémies constitue la priorité numéro un. «La création d’un état-major dédié pourrait également être envisagée, dit-il, comme cela a été fait dans le cadre de la crise ukrainienne.» Le Conseil fédéral devrait prendre position sur l’évolution des instruments destinés à gérer la crise sanitaire et ses possibles rebonds avant la prochaine session parlementaire, fin mai.