Le parlement jurassien, tous groupes politiques confondus, a cru faire un geste généreux en reconnaissant, mercredi, la valeur économique du travail du parent qui choisit de rester à la maison pour effectuer les tâches ménagères et élever les enfants. Le syndicaliste et socialiste Jean-Pierre Petignat proposait que l'Etat concède une déduction fiscale aux familles dont un parent renonce à exercer une activité rémunérée.

«Impossible», a répondu le ministre des Finances Gérald Schaller. Pour cause d'incompatibilité avec la loi fédérale sur l'harmonisation fiscale (LHID) «et pour éviter une inégalité: comment justifier que, pour un revenu imposable équivalent, une famille dont un des parents ne travaille pas puisse avoir droit à la déduction, alors que pour une autre famille dont les deux parents doivent travailler pour réaliser le même revenu, la déduction soit refusée?»

Pressé par les autres groupes parlementaires, qui ont fait l'apologie du parent qui choisit d'élever les enfants, Jean-Pierre Petignat a admis que la mesure fiscale n'était pas la panacée. Il s'est rabattu sur un postulat déclamatoire, espérant que l'étude confiée au gouvernement fera surgir d'autres mesures susceptibles de valoriser les tâches domestiques.

«Mentalité XIXe»

Féministe invétérée, défenderesse acharnée du langage épicène, des crèches et de l'émancipation professionnelle de la femme en scandant «à travail égal, salaire égal», la députée socialiste Monique Cossali Sauvain a vu dans l'intervention du camarade Petignat, une incitation à renvoyer les femmes au foyer. A ses yeux, c'est «toujours, ou presque, la femme qui reste à la maison». Minorisée dans son groupe, elle a rédigé un courrier de lecteur. Sous le titre «Pour le retour des femmes à leurs chères casseroles…», elle s'en prend avec ironie à ses pairs: «Une poignée de parlementaires socialistes a enfin vu clair: la vraie place des femmes est au foyer.» Son pamphlet a provoqué une vive tension chez les socialistes. Ne craignant pas d'étaler sur la place publique le psychodrame interne au PS, elle a dénoncé à la tribune du parlement un postulat «aux relents de mentalité du XIXe siècle». Monique Cossali s'est trouvée isolée dans sa croisade, d'autres élues de gauche, à l'instar de l'ancienne ministre Odile Montavon, soutenant la démarche du député Petignat.

Candidate malheureuse au gouvernement en 1998, toujours pressentie, à 38 ans, pour briguer de hautes fonctions dans la république, Monique Cossali Sauvain a terni son aura. Même s'ils ont tenté de ne rien laisser paraître, ses camarades n'ont guère apprécié son attitude irascible.