Vaud

Gil Reichen: «La densification de Pully est loin d’être terminée»

Depuis bientôt vingt ans qu’il est à la tête de l’urbanisme puis de sa commune, Gil Reichen, le syndic libéral-radical de Pully a vu sa ville se transformer. Les immeubles de luxe poussent sur les parcelles privées, la Municipalité de droite n’intervient pas, elle laisse faire le marché

Le charme de Pully est menacé. Cette banlieue résidentielle cossue de la ville de Lausanne, connue pour son cadre de vie idyllique, voit disparaître une par une ses belles maisons de maître. Elles se font détruire et remplacer par des immeubles de haut standing, densifiant fortement la ville. Gil Reichen est le syndic libéral-radical d’une Municipalité où 4 élus sur 5 sont PLR. Il ne craint pas que Pully perde son âme, il veut vivre en adéquation avec son époque, et répondre aux besoins d’une démographie croissante.

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Le Temps: En traversant Pully et en comptant le nombre de grues que la commune comporte, on se dit que vous avez une volonté de bétonner la ville…

Gil Reichen: Les droits à bâtir attachés aux propriétés de Pully n’ont pas changé depuis les années 1950, moment à partir duquel le développement de la ville a plus ou moins démarré. Nous ne faisons que réaliser ces droits à bâtir. J’entends parfois: pourquoi avoir autorisé une construction aussi laide? Ce n’est pas de mon ressort. Si le projet est réglementaire, ce n’est pas une question de savoir s’il nous plaît ou non, nous lui donnons l’aval. Ce qu’il se passe le plus fréquemment à Pully, c’est qu’au fur et à mesure des successions, les villas se vendent du fait qu’elles ne correspondent plus aux besoins des héritiers. Le droit à bâtir s’étend alors sur toute la parcelle qui est souvent importante. Les nouveaux projets architecturaux exploitent les possibilités qu’offre le terrain, en y construisant plusieurs propriétés par étages (PPE).

- Et pas n’importe quels immeubles, uniquement des appartements de luxe. Y a-t-il un déséquilibre dans l’offre de logement à Pully?

- Pully est réputée pour avoir beaucoup d’appartements chers, qui ne sont pas accessibles à tout le monde. Les nouvelles PPE se vendent entre 10 et 15 000 francs le mètre carré. Nous avons aussi eu des exceptions notoires: des cas au bord du lac à près de 40 000 francs le mètre carré. Tout n’a pas été vendu, mais ces prix correspondent à la demande d’une certaine catégorie de personnes.

- Avez-vous une volonté d’agir pour garantir à la majorité de la population des logements abordables?

- Je vous l’ai dit, nous ne pouvons intervenir sur les projets privés. Notre marge de manoeuvre se résume aux parcelles communales sur lesquelles nous pouvons favoriser des logements abordables. En 2012, nous avons défini un objectif qui est de réaliser 300 appartements à loyers accessibles d’ici à 2019. Mais vous voyez, 300 logements ce n’est pas grand-chose. Ce qui est problématique, ce sont les gens qui sont nés, ont grandi à Pully et ne peuvent plus y rester parce qu’ils ne trouvent pas à se loger. Ils se trouvent entre les gens qui gagnent suffisamment pour se payer des loyers que je qualifie parfois de «fous», et ceux qui ont des loyers subventionnés.

- Construite de partout, Pully est-elle en train de devenir moche? 

- Pully n’est pas défigurée par ses constructions. Le débat sur la préservation du patrimoine est très subjectif. Doit-on conserver tout ce qui a été construit en 1930 au prétexte que c’est joli? On ne doit pas rester figé dans une époque et ne plus rien toucher. Et puis ceci répond à une nécessité. On ne vit plus de la même manière, on est plus nombreux, il y a un besoin de loger du monde.

- Mais les personnes recherchant une belle qualité de vie ne viendront peut-être plus s’installer à Pully parce qu’ils n’y trouveront plus le calme et le charme d’antan…

- Nous sommes loin du bétonnage intégral de Pully. Certes, les personnes qui étaient habituées à une maison de maître seule au milieu d’une grande parcelle y voient aujourd’hui une densification plus conséquente. Mais il n’y a rien de dramatique, nous avons des exigences de plantations, et nous ne construisons au maximum que sur 20% de la parcelle. Nous avons aussi la volonté que Pully ne devienne pas qu’une cité-dortoir de luxe, mais conserve une vraie identité locale. Des activités culturelles y existent au travers du Cinéma City Club, de l’Octogone, des musées d’art de la ville et du théâtre de la voirie. Nous réfléchissons également à alterner le Festival Pully Québec une année sur deux avec un nouveau festival remplaçant le Pully for noise.

- Est-ce que la densification de la ville touche à sa fin?

- Non, il y a encore un potentiel qui existe, le phénomène de densification n’est pas à son terme. Nous nous baserons sur la régulation économique, mais les projections d’augmentation de la population ne sont pas atteintes. Nous sommes 18 000 habitants à Pully, nous pouvons monter à 20 000.

- Ce soir le conseil communal vote les crédits accordés à la maison de Ramuz. Là encore, on laisse faire le marché. Êtes-vous sans cesse dans le viseur des activistes de la préservation du patrimoine?

- Non, ils sont dans une autre logique que la mienne et savent que ce n’est pas de mon ressort. Je peux comprendre la nostalgie du passé mais je pense que l’on construit aussi des logements de qualité du point de vue esthétique à Pully.

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