«Je suis ambitieux, je l'admets. Je le suis surtout pour cette ville moderne à la campagne de 11 500 habitants qu'est Delémont, appelée à devenir un pôle de développement pour le canton du Jura et à tirer parti de sa proximité de Bâle, où il manque 100 000 m2 de locaux pour des laboratoires.» Gilles Froidevaux se démène pour s'asseoir dans le fauteuil de maire de Delémont, à l'issue des élections communales jurassiennes du 28 novembre – et du 19 décembre pour un éventuel second tour –, et perpétuer une hégémonie socialiste sur la capitale jurassienne entamée il y a 52 ans par Henri Parrat et assurée ensuite par Georges Scherrer, Jacques Stadelmann et Pierre-Alain Gentil depuis 1994. Le conseiller aux Etats se retire, laissant la voie libre à Gilles Froidevaux qui, à 33 ans, apparaît déjà comme un dinosaure de la politique jurassienne.

«Je suis tombé dans la marmite tout jeune, confie-t-il. J'ai été profondément marqué par l'émotion exprimée en 1981 par ma grand-mère maternelle lors de l'accession de François Mitterrand à la présidence française.» En 1993, alors qu'il n'a que 22 ans, récitant de manière saccadée une idéologie gauchiste stéréotypée, Gilles Froidevaux est propulsé à la présidence du Parti socialiste jurassien alors en déliquescence, qui venait de perdre son fauteuil gouvernemental. Durant neuf ans, le jeune loup a redressé sa formation avec un succès inespéré: le PSJ détient à présent deux des cinq sièges au gouvernement, est devenu le deuxième parti du canton derrière le PDC, mais devant les libéraux-radicaux, et compte deux des quatre parlementaires fédéraux jurassiens.

Parlementaire vindicatif depuis dix ans, avançant sans trébucher avec un pied aux affaires et l'autre dans l'opposition, élu à l'exécutif de Delémont depuis quatre ans, Gilles Froidevaux escompte engranger les bénéfices de ses investissements précédents et accéder à l'une des fonctions qui comptent dans le Jura, celle de maire de la capitale.

S'il part favori à l'élection, s'appuyant sur la force de la gauche delémontaine qui avait repris la majorité en 2000, Gilles Froidevaux devra écarter cinq autres prétendants: Jean Parrat pour l'extrême gauche, la démocrate-chrétienne Françoise Collarin, la radicale Patricia Cattin, le chrétien-social Josy Simon et l'indépendant Olivier Lardon. Autant de candidatures de combat, lancées d'abord par les partis pour conserver leurs sièges à l'exécutif et pousser Gilles Froidevaux à un second tour. Avec alors, un possible duel gauche-droite, a priori à l'avantage de la gauche depuis que Pierre Kohler a décliné l'invitation à être candidat. «Mais une élection n'est jamais gagnée, nous devons mobiliser nos troupes», avertit le prétendant socialiste, qui s'applique à défendre les intérêts de sa commune plutôt que les siens, et rétracte des griffes qu'il n'avait pas hésité à planter, il n'y a pas si longtemps, dans le projet «Jura, Pays ouvert».

Marchant dans le sillon de son camarade Pierre-Alain Gentil, le travailleur social Gilles Froidevaux, qui consacre tous ses loisirs à la politique, joue résolument l'offensive. «La ville a jusqu'ici beaucoup investi dans les infrastructures, elle doit désormais gagner en influence dans la région. Pour être une des cités les plus attractives de l'Arc jurassien, jouer le rôle de pôle urbain cantonal et devenir attirante pour nos voisins bâlois.» Le candidat socialiste, qui s'emploie à apparaître sage et pragmatique, en opposition avec l'étiquette d'opposant conservateur dont ses adversaires l'affublent, va jusqu'à encenser le programme de développement économique du ministre PDC Jean-François Roth, qui entend positionner le Jura dans l'économie des sciences de la vie, entre Bâle et la Suisse romande.

Gilles Froidevaux est par ailleurs convaincu que «ce qui est bon pour Delémont l'est pour tout le Jura». Autrement dit: il faut que le canton concentre à Delémont ses principaux atouts. Une stratégie mal ressentie dans le reste du canton, qui reproche à Delémont son arrogance et ses velléités centralisatrices. «En tant que capitale cantonale, Delémont doit se renforcer, rétorque Gilles Froidevaux. Le Jura doit abandonner au plus vite un esprit de clocher qui le paralyse.»

Le candidat préconise ainsi l'installation dans sa ville de la salle de spectacle projetée dans le canton et il entend mener une politique volontariste du logement, pour récupérer les habitants qui sont partis ces dernières années vers les villages voisins, avec lesquels il compte toutefois travailler dans le cadre de l'agglomération delémontaine.