Limiter à 50 le nombre de personnes à l’intérieur d’un établissement public et cela jusqu’au 30 avril. L’une des décisions annoncées ce vendredi après-midi par le Conseil fédéral, sans précédent dans l’histoire, touche de plein fouet les milieux de la restauration, déjà l’un des plus impactés par le coronavirus. «Honnêtement, c’est une mesure sanitaire qui s’imposait, mais pour nous elle est catastrophique», réagit à chaud Gilles Meystre, président de GastroVaud, également député PLR au Grand Conseil vaudois.

Il ne cache pas ses vives craintes: «De telles restrictions auront des conséquences dramatiques pour certains; je l’espère pas pour tous». Son homologue Muriel Hauser, présidente de GastroFribourg, peine à réaliser. «Nous venons d’apprendre la mesure, je ne sais pas quoi vous répondre, commence-t-elle par s’excuser. Nous n’avons pas encore pu obtenir les réponses à nos questions auprès des services du canton. Tout le monde est dans l’urgence, débordé.»

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Patronne du Café du Gothard, adresse emblématique à deux pas de la cathédrale, réputé pour ses fondues, Muriel Hauser affiche son inquiétude: «Comment vont pouvoir tourner les restaurants durant plus d’un mois, payer les différentes charges, avec une baisse massive de fréquentation. Au Gothard, pour ce soir [ndlr: vendredi], toutes les réservations ont été annulées. Les gens ont peur. La ville va se vider.» Ces derniers jours, la présidente de GastroFribourg a déjà senti la crainte monter chez ses clients. «Depuis une semaine, nous servons 80% de moins de fondues, les gens ayant peur de partager le même caquelon à cause du virus.»

Deux clients de la journée

Du côté vaudois, Gilles Meystre craint également une chute de la consommation: «On fixe la capacité à 50, personnel compris, mais les gens vont-ils vouloir continuer à sortir? J’ai eu un contact avec un restaurateur tessinois qui, la veille, a eu deux clients de toute la journée…» Anticipant l’annonce du Conseil fédéral et des cantons, le président de GastroVaud avait déjà diffusé des recommandations vendredi matin sur les réseaux sociaux à l’intention des membres de l’association: espacer les tables ou renforcer les mesures sanitaires (lavage de mains, nettoyage des tissus à 90°, mise à disposition de désinfectant…). 

Seul soulagement pour Gilles Meystre, les milieux économiques ont été entendus. Il estime que les mesures prises par le Conseil d’Etat vaudois pour atténuer le choc sont adéquates, comme les avances de trésorerie ou le financement du délai de carence.


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Evolution très rapide

Du côté du monde de la nuit, le choc est encore plus rude dans le canton de Vaud qui a décrété la fermeture de tous les lieux de divertissement (cinémas, théâtres, musées, centres sportifs, discothèques…). «Il y a encore deux semaines, jamais je n’aurais imaginé que des mesures aussi radicales puissent être prises, mais voilà la situation a évolué très rapidement», relève l’un des grands noms des nuits lausannoises, Thierry Wegmüller, patron du D! Club, de l’ABC et des Arches. «Nous allons rencontrer des problèmes de trésorerie, c’est certain. Mais pour l’heure, ils sont difficiles à évaluer. Nous sommes dans l’inconnu.» La priorité du Lausannois, ce sont les intérêts des employés, à travers des demandes de chômage technique, «pour que l’on puisse repartir avec eux dès que l’on pourra rouvrir».

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Thierry Wegmüller essaie néanmoins de rester philosophe: «Finalement, mieux vaut une fermeture totale que des demi-mesures comme une ouverture partielle. Nos établissements doivent pouvoir être festifs. Limiter le nombre de participants aurait été le contraire, tout en posant une série de problèmes, notamment de sécurité à l’entrée.» Et de conclure: «Ne dit-on pas que plus une blessure est franche et nette, plus elle guérit vite»?

Rôle social des bistrots

Malgré l’épreuve, Muriel Hauser se veut aussi résolument combative. «Tant que je pourrais, je garderais mon restaurant ouvert pour accueillir des clients, même peu nombreux. Nous devons nous montrer solidaires et faire face ensemble. Il y aura beaucoup de gens qui vivent seuls et qui auront besoin de contacts. On parle toujours du rôle social des bistrots. Cela n’a peut-être jamais été autant le cas.»