«L’offre de soins va se restreindre»

Santé Le projet vaudois de limiter les équipements choque Genève-Cliniques

Les privés déplorent l’emprise de l’Etat

Dès l’annonce, la semaine dernière, du projet vaudois de limiter l’acquisition d’équipements médicaux lourds, Gilles Rufenacht a ­décidé qu’il fallait riposter. Le président de Genève-Cliniques conteste depuis des années les politiques qui marginalisent le secteur privé. A l’image d’une récente décision du conseiller d’Etat Mauro Poggia qui favoriserait l’accès à la division privée des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) au détriment des cliniques.

Le Temps: Le projet vaudois de réglementer l’achatde scanners, IRM, voire de blocs opératoires, vous fait réagir. Pourquoi?

Gilles Rufenacht: C’est un pas de plus vers une plus grande étatisation du secteur de la santé et une politique affirmée de rationnement des soins que nous condamnons. Le projet de Pierre-Yves Maillard dans le canton de Vaud, s’il aboutit, pourrait encourager Mauro Poggia à faire de même à Genève. Il me semble inconcevable que les ministres de la Santé de ces deux cantons agissent systématiquement à l’encontre du cadre légal fédéral qui a institué la concurrence entre établissements à partir de 2012. Limiter l’acquisition d’équipements médicaux lourds va empêcher le développement de pôles d’excellence dans le privé et restreindre encore l’offre de soins au bénéfice des structures publiques, toujours plus chères. Les cliniques privées genevoises collaborent pour une meilleure maîtrise des coûts, comme l’illustre l’acquisition par deux d’entre elles d’un centre d’imagerie moléculaire commun en 2013. Lorsque l’Etat aura besoin d’investir dans un équipement lourd, il le fera sans difficulté et il empêchera en parallèle à une structure privée de le faire. Cette inégalité de traitement n’est pas acceptable et les patients en subiront les conséquences. Nous avons le sentiment que l’on cherche à appauvrir la médecine libérale alors que les cliniques ont pu démontrer qu’elles sont plus efficientes.

– Que reprochez-vous plus précisément aux projets de planification cantonale de soins?

– Que ce soit clair, je ne suis pas opposé au rôle régulateur de l’Etat ni partisan d’une libéralisation sauvage. Le canton doit en effet être vigilant à ce que l’offre réponde aux besoins et favoriser par conséquent des collaborations public-privé. En revanche, je m’insurge contre l’emprise totale des cantons sur le système de santé. Or, la politique de Pierre-Yves Maillard, dont s’inspire Mauro Poggia, vise à mettre le privé sous la tutelle du public. La récente décision du magistrat genevois de favoriser l’accès à la division privée des HUG au détriment des cliniques va dans ce sens. Tout comme le contentieux ouvert entre les cliniques genevoises et Vaud: ce dernier refuse de prendre en charge les patients vaudois hospitalisés dans les établissements privés au titre de l’assurance de base dépassant le quota imposé par le département de Pierre-Yves Maillard. Ces entorses répétées à la législation fédérale poussent désormais plusieurs partis politiques à demander des comptes au gouvernement genevois. Les cliniques peuvent contribuer à la baisse des dépenses, alors qu’aujourd’hui, l’Etat les en empêche. Pour un assuré de base, les prix des hospitalisations dans les cliniques sont en effet moins élevés que dans les hôpitaux publics. La pose d’une prothèse du genou, par exemple, coûte 8% de moins dans un établissement privé genevois.

– Pierre-Yves Maillard reproche cependant aux cliniques de se cantonner aux secteurs lucratifs de la médecine en délaissant ce qui ne rapporte pas, à l’image des urgences.

– A Genève comme à Lausanne, les cliniques ont développé des structures d’urgences qui participent à diminuer les temps d’attente dans les services publics. Par ailleurs, si le canton signe un contrat de prestations avec une clinique dans une spécialité, celle-ci ne peut refuser la prise en charge des cas qui se présentent à elle. Il n’y a donc pas de sélections de cas. Le cofinancement d’un nombre limité de prestations par l’Etat dans les cliniques privées ne justifie pas d’imposer les conditions de l’Etat notamment en termes de contraintes administratives, extrêmement lourdes et coûteuses.

– Comment comprendre que l’Etat se prive d’un partenaire qui, selon vous, peut contribuer à la baisse des coûts et à une meilleure qualité des soins?

– Avec le nouveau cadre légal, où le patient dispose du libre choix de l’hôpital, l’Etat craint de perdre des patients à l’avantage des cliniques. Depuis 2012, le financement cantonal des hôpitaux dépend du nombre de cas traités. Leur diminution aurait des conséquences financières et pousserait les structures publiques à réduire leur voilure et améliorer leur efficience, tels étaient d’ailleurs les objectifs de la réforme. Or, Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia engagent une politique favorisant le développement des hôpitaux publics sans profiter de la possibilité de mandater plus largement les cliniques. Nous récusons fermement ces dérives et nous sommes prêts à défendre nos prérogatives jusqu’aux tribunaux.