C’est une quasi-certitude: le 5 avril (ou le 26 en cas de second tour), Gisèle Ory sera élue au Conseil d’Etat neuchâtelois. Elle remplacera Bernard Soguel et retrouvera Jean Studer, avec qui elle a siégé aux Etats. Le PS a bétonné l’élection de son duo de choc: les trois autres candidats du parti ont été ajoutés pour gagner en notoriété et tirer leur liste au parlement. «C’est un choix, reconnaît la Chaux-de-Fonnière. Le gain de la majorité parlementaire (la gauche possède 58 sièges contre 57 à droite, ndlr) est un enjeu capital. Ça a poussé les partis à multiplier les candidatures.»

Manque de reconnaissance

Du coup, Gisèle Ory se trouve dans une position favorable. Ce n’est pas une première: en 2003, elle avait profité du maintien de l’UDC au second tour pour rejoindre les Etats au détriment de la radicale Michèle Berger-Wildhaber. A-t-elle une bonne étoile? Elle n’apprécie guère la question. «C’est une façon réductrice de voir les choses. J’ai franchi plusieurs étapes avant d’être élue à Berne. Ce n’était pas ma première élection. Et même si l’UDC n’avait pas présenté de candidat, j’aurais été élue.»

La parlementaire fédérale, qui abandonnera son mandat en cas d’élection, considère que son engagement est mal répercuté par les médias. «Pour réussir, j’ai dû travailler quatre fois plus que les autres. Je ne suis pas un cas isolé. Bien des femmes ont les mêmes difficultés. Nous manquons de reconnaissance.»

Malgré ce coup de gueule, Gisèle Ory a peu mis en avant son statut de candidate durant la campagne, alors qu’elle devrait être l’unique femme du collège. Elle pourrait aussi être la seule élue d’un Haut du canton privé de représentant depuis quatre ans (lire ci-dessous). Sur ce point aussi, elle a évité de trop en faire. «Je ne veux pas être la candidate des femmes ou du Haut. Mon objectif est de m’engager pour les Neuchâtelois.»

Cette volonté traduit son ancrage cantonal. En parallèle de ses activités politiques, l’ancienne porte-parole de Ruth Dreifuss au Département fédéral de l’intérieur (2002-03) exerce beaucoup de mandats associatifs qui lui ont permis de tisser un réseau très dense dans les six districts du canton.

Gisèle Ory entretient un lien privilégié avec les milieux de protection de la nature, elle qui a été secrétaire générale du WWF Neuchâtel pendant quatorze ans. Directrice de Pro-Infirmis Neuchâtel, elle est aussi active dans le domaine de la santé et du social. Elle a fondé Forum Handicap et siège dans plusieurs conseils de fondation. Ses loisirs ont renforcé ses connexions. Férue de pilotage, elle a fait partie du Club neuchâtelois d’aviation. Elle s’est aussi engagée au sein de l’église réformée en participant à la restructuration des paroisses de La Chaux-de-Fonds.

«Regard cantonal»

Malgré son «regard cantonal», la candidate PS estime que l’élection d’un représentant des Montagnes est nécessaire pour apaiser les tensions régionales. «En vivant sur place, on connaît les gens et leur sensibilité. Durant la dernière législature, ils ont souvent eu l’impression de ne pas être considérés par le Conseil d’Etat. Il faut renouer le fil du dialogue. Cela permettra d’expliquer les options prises et d’éviter les malentendus.»

Sur le fond, Gisèle Ory reconnaît que la présence d’un ministre du Haut n’aurait pas changé grand-chose ces quatre dernières années. L’exécutif a pris position pour l’implantation de la filière ingénierie de la HE-Arc à La Chaux-de-Fonds. Ce sont ses partenaires jurassien et bernois qui ont fait pencher la balance en faveur de Neuchâtel. Il a ensuite décidé d’implanter la maternité unique à La Chaux-de-Fonds en 2015. Le contre-pied est venu de citoyens du Bas, qui ont lancé une initiative populaire pour maintenir la structure dans le chef-lieu.

Etait-ce inéluctable? «Les ministres en charge de ces dossiers (les PLR Sylvie Perrinjaquet et Roland Debély, ndlr) n’ont pas défendu les positions du Conseil d’Etat, regrette Gisèle Ory. Il y a eu des messages contradictoires. C’est regrettable. Sans cela, les négociations auraient pu se dérouler avec plus de sérénité.»

La candidate admet qu’au vu de son profil, elle pourrait très bien reprendre le Département de la santé et des affaires sociales détenu par le libéral-radical Roland Debély. «Ça m’intéresse, c’est vrai, mais l’Economie et l’Aménagement du territoire aussi. Et pourquoi pas les Finances. Mais je serais contente que Jean (Studer, ndlr) continue dans ce département. Il fait du très bon travail.»