La pléthore de grosses pointures de gauche déterminées à rafler la majorité au Conseil d'Etat neuchâtelois en avril 2005 fait une victime: pourtant sortie du bois la première, bénéficiant du soutien de la ministre sortante Monika Dusong, favorable à son remplacement par une femme, Gisèle Ory jette l'éponge. Fraîchement élue au Conseil des Etats, elle veut assumer son mandat. Elle n'était par ailleurs partante pour le Conseil d'Etat que sur une liste d'union de la gauche à trois (Bernard Soguel, Fernand Cuche et elle-même); les stratégies qui s'élaborent dans la douleur tablent plutôt sur une liste de cinq socialistes au 1er tour et une ou plusieurs listes des autres composantes de la gauche.

Après avoir habilement surfé sur la vague de Jean Studer pour accéder en 2003 à la Chambre des cantons, terminant devant la radicale Michèle Berger et l'UDC Pierre Hainard, Gisèle Ory espérait profiter du même élan pour faire le grand saut du gouvernement. Sa «qualité» de femme devait assouvir son ambition et son opportunisme.

La carte de la patience

Or, d'autres socialistes ont estimé qu'être femme n'est pas suffisant et qu'il faut d'autres attributs, charisme électoral, expérience et compétence. Non pas que Gisèle Ory n'en dispose pas, mais ces vertus apparaissent moindres que chez Jean Studer et Didier Berberat. Qui, de surcroît, se sont par le passé effacés (Jean Studer avait laissé sa place à Monika Dusong, Didier Berberat à Bernard Soguel). En ne grimpant pas sur un ring duquel elle pourrait redescendre sonnée, elle s'évite un camouflet.

Lucide, Gisèle Ory joue l'habile carte de la patience et préfère consolider les acquis: les Etats, mais aussi sa participation au Grand Conseil, qu'elle présidera en 2006-2007. Elle sait qu'en cas de réélection à Berne, en 2007, elle pourra lorgner vers le gouvernement au départ de Bernard Soguel.

Le retrait de Gisèle Ory enlève une épine du pied au PS, sans résoudre tous ses problèmes. En particulier celui de sa forte composante féminine, qui accumule les succès: élections de Monika Dusong au gouvernement en 1997, de Valérie Garbani au National en 1999 et à l'exécutif de la Ville de Neuchâtel en 2004, et de Gisèle Ory aux Etats en 2003. Certes, les femmes socialistes lancent dans la bataille gouvernementale la députée de Cortaillod Odile Duvoisin, et la professeur de Couvet Diane Reinhard. Sans espoir de succès toutefois.

La non-candidature de Gisèle Ory «assainit» la lutte que mènera le trio de poids lourds socialistes Jean Studer – Bernard Soguel – Didier Berberat, complété par le Vert Fernand Cuche. Tous quatre pourront faire une campagne d'hommes, sans crainte d'égratigner la gent féminine. L'un d'eux au moins restera sur le carreau, il pourrait regretter de ne pas avoir eu la patiente sagesse de Gisèle Ory.

Et si, désormais soulagé de son «problème féminin», le PS allait au bout d'une logique électorale qui promet la majorité à la gauche si elle part unie, à trois dès le premier tour? Il devrait, pour cela, choisir entre Jean Studer et Didier Berberat, et éliminer les candidates, en congrès le 6 novembre. Il ne le fera certainement pas, prétextant le besoin de donner le choix à l'électeur, ratisser large au premier tour et prendre d'abord la majorité au Grand Conseil avant d'accaparer celle du Conseil d'Etat.