Paul Kunz, propriétaire du terrain occupé par les Gitans depuis dimanche, est au bord des larmes: «Je ne sais pas si je vais supporter le stress de les avoir là encore deux jours.» Mis devant le fait accompli, il craint de gros dégâts. «Pour les deux prochaines années, je ne pourrai plus cultiver sur cette parcelle à cause des excréments et du tassement du terrain.» Le déplacement des véhicules pourrait aussi causer des dégâts au système de drainage souterrain.

Au campement, on estime que le propriétaire a donné son accord puis qu’il a soudainement changé d’avis. «Quand nous sommes allés le voir le premier soir pour discuter et lui payer la location du terrain, il nous a très bien reçus et nous a dit qu’on en discuterait le lendemain matin», racontent-ils. «Ils sont venus à 22 heures, ils étaient déjà installés et il était trop tard pour discuter, j’étais fatigué», répond Paul Kunz.

Entre les deux parties, c’est le dialogue de sourds, arbitré par la police valaisanne. Les Gitans se sont finalement acquittés de 5500 francs pour occuper le terrain jusqu’à dimanche, «insuffisant pour le remettre en état», estime son propriétaire.

Le ton monte. «Jeudi soir, la police est restée toute la nuit parce que les villageois menacent de venir à cinquante voitures détruire nos caravanes», raconte un Gitan. «Ils me provoquent chaque fois que je passe près du camp», tonne Paul Kunz. Malgré la situation très tendue, la police cantonale assume elle-même les négociations avec les Gitans. Pourquoi n’a-t-elle pas fait appel à la médiatrice du canton de Vaud, Pierrette Roulet-Grin? «Je suis ouverte à cela mais c’est au commandant de police de décider s’il en a besoin», répond la conseillère d’Etat socialiste Esther Waeber-Kalbermatten. «Jusqu’ici, il a estimé pouvoir gérer la situation.»

Le Valais devrait mettre deux terrains à la disposition des gens du voyage. Une commission y travaille depuis une quinzaine d’années sans succès, aucune commune ne voulant les accueillir. «Le Département de l’économie, de l’énergie et du territoire cherche une solution, et je pense que, si nous avons des places à disposition, nous aurons déjà une base pour pacifier la situation», estime Esther Waeber-Kalbermatten. Pendant ce temps, UDC et PDC proposent diverses solutions législatives pour que les Gitans ne puissent plus s’installer sur des terrains privés sans pouvoir être délogés. Si la police ne le fait pas, c’est qu’il lui manque une décision de justice, laquelle ne connaît pas de procédure adaptée aux déplacements rapides des gens du voyage.