Entré au gouvernement tessinois en avril 1995, après avoir été conseiller national et municipal de Lugano, Marco Borradori est le fleuron institutionnel et respectable de la Lega. Avocat de 52 ans, il est aussi le conseiller d’Etat le plus populaire du canton.

Le Temps: Quel bilan tirez-vous des 16 ans passés au gouvernement cantonal?

Marco Borradori: Le bilan personnel est très positif. Mon département a atteint la plupart des objectifs fixés, parmi lesquels la construction du thermovalorisateur de Giubiasco, un projet en discussion depuis 30 ans; la réalisation du tunnel routier Vedeggio-Cassarate, aux portes de Lugano; le développement des transports publics, avec en particulier l’introduction du train régional TILO et sa prolongation jusqu’à la Lombardie voisine. Nous avons aussi élaboré un nouveau plan directeur cantonal, approuvé par le parlement, un concept de protection du paysage, et des mesures pour réduire la pollution de l’air.

– Quel bénéfice la Lega retire-t-elle de votre activité?

– J’ai démontré que, «bien que léguiste», je suis capable de travailler au sein d’un collège, de respecter les règles du jeu et de réaliser des projets qui profitent à tout le canton, dans un esprit constructif.

– Comment conciliez-vous votre appartenance à un parti d’opposition et votre rôle de membre d’un gouvernement cantonal?

– Certes, ce n’est pas toujours facile, mais ce n’est pas non plus aussi difficile que cela peut paraître. Dès le départ, ça a été clair entre Giuliano Bignasca et moi: celui qui entre dans un exécutif ne peut pas tout se permettre et ne peut pas faire tout ce qu’il veut ou ce que veut son parti.

– Vous êtes parfois en contradiction avec votre parti, et peut-être pas toujours d’accord avec ses méthodes. Cela crée-t-il des problèmes?

– Giuliano Bignasca n’a jamais cherché à interférer dans mon travail et ne m’a jamais rien imposé, même s’il n’est pas toujours d’accord avec ce que je fais. A l’inverse, il est exact que je ne peux pas cautionner certaines manières de procéder ou certaines exagérations du journal Il Mattino. Mais Giuliano Bignasca en a toujours assumé lui-même la responsabilité. Entre lui et moi s’est instauré un rapport de grande indépendance réciproque. Chacun respecte la liberté et le caractère de l’autre, avec ses qualités et ses défauts. Vous savez, la Lega n’est pas seulement un mouvement de rupture, elle compte en son sein de nombreuses personnes engagées à différents niveaux institutionnels.

– Vous avez dit récemment qu’aspirer au «leadership» politique signifie pour la Lega assumer jusqu’au bout sa responsabilité de parti de gouvernement. Qu’entendez-vous par là?

– En occupant deux sièges sur cinq au Conseil d’Etat, la Lega détiendrait la majorité relative. D’un côté, cela lui donnerait une plus grande marge de manœuvre à l’intérieur du gouvernement, mais de l’autre, cela réduirait l’autonomie qu’elle a actuellement comme parti d’opposition. Elle aurait plus de droits, et en même temps une responsabilité institutionnelle majeure.