Radiographie

Le glissement à droite du parlement se confirme, mais il est sélectif

Au Conseil national, c’est désormais le PLR qui impose sa griffe sur la plupart des thèmes politiques. Ses alliances avec l’UDC sont à géométrie variable

Le premier rating gauche-droite de la nouvelle législature confirme le glissement à droite observé lors des dernières élections fédérales. Sur l’échelle allant de -10 (gauche) à +10 (droite), la moyenne du Conseil national s’est décalée de 0,8 à 1,7. Lors de la législature 2011-2015, c’est le centre qui s’était renforcé. Cette tendance est aujourd’hui l’exception. Toutefois, dans sa composition actuelle, le Conseil national ne se positionne pas plus à droite qu’à la fin de l’avant-dernière législature, en 2011.

C’est avant tout le PLR qui tire profit des nouveaux rapports de force. Ce parti a accru son pourcentage de victoires dans les votes en plénum de 83 à 89%, et cela dans tous les domaines politiques à l’exception de l’agriculture. Malgré le gain de 11 sièges au Conseil national, l’UDC n’a pas connu le même succès: ce parti n’a été dans le camp des vainqueurs que lors de 62% des votes, soit à peine 2 points de plus que précédemment.

Hormis l’agriculture, où c’est une coalition des Verts et des conservateurs qui marque son empreinte, les victoires du PLR se font essentiellement au détriment de la gauche. Celle-ci ne remporte plus qu’un vote sur trois sur les thèmes sociaux, contre deux sur trois par le passé. On l’a constaté en particulier avec la réforme de la prévoyance vieillesse, où le camp bourgeois a imposé ses vues au Conseil national. Le glissement à droite a été particulièrement marqué dans les domaines de l’énergie et des transports.

L’UDC isolée sur les questions d’ouverture

Grande gagnante des élections de 2015, l’UDC ne parvient paradoxalement pas à s’imposer plus souvent sur ses thèmes de prédilection, comme la politique étrangère ou la migration. Lors de la précédente législature, cette formation remportait un vote sur deux portant sur ces sujets. Depuis le début de la nouvelle législature, ce n’est plus qu’un sur trois. L’UDC est de plus en plus isolée sur les questions d’ouverture, où c’est un courant libéral de droite qui s’impose plutôt que la politique nationaliste et conservatrice espérée par la base de l’UDC. Le glissement à droite se montre ainsi sélectif. Il se manifeste surtout sur les questions économiques.

La structure du Conseil national semble stable. Néanmoins, on observe quelques changements notoires. Ainsi, l’UDC schwyzois Pirmin Schwander n’est plus seul à occuper la position la plus à droite du parlement. Deux nouveaux élus de son parti le rejoignent avec la même cote de 10: le Bernois Erich Hess et un second Schwyzois, Marcel Dettling. C’est aussi une nouvelle élue qui occupe la place la plus à gauche: la Genevoise Lisa Mazzone (Verts, -9,6).

Le PDC reste très centriste

En 2016, le positionnement global de l’UDC s’est décalé à droite de 7,7 à 8,0. Le président, Albert Rösti, est en parfaite harmonie avec cette tendance: situé au milieu du parti, il a lui aussi glissé à droite par rapport aux années précédentes. Malgré cette évolution, le spectre occupé par les représentants de l’UDC sur l’échelle gauche-droite est resté le même. L’aile gauche est occupée par le Vaudois Jean-Pierre Grin. Avec une valeur de 6,3, il côtoie les deux représentants de la Lega tessinoise.

Le PLR gagne davantage de votes, mais reste stable sur l’échelle gauche-droite, avec une valeur moyenne de 2,2. Au sein du groupe parlementaire, le plus à gauche est un Vaudois nouvellement élu, Laurent Wehrli (1,4). La présidente Petra Gössi (3,1) se place clairement à droite de la moyenne du parti.

Comme Petra Gossi au PLR, Gerhard Pfister (1,8) se situe sur l’aile droite du groupe PDC. Après le retrait de Lucrezia Meier-Schatz (SG) et la non-réélection de Jacques Neirynck (VD), ce sont les deux Zurichoises Barbara Schmid-Federer (-0,9) et Kathy Riklin (-0,8) qui occupent le pôle gauche, juste à côté des deux représentantes du Parti évangélique. Même si sa direction est plus à droite, le PDC reste très centriste, avec une valeur moyenne de 0,6. Mais il est plus à droite que le PVL et le PBD.

Un PS plus uniforme et plus à gauche

Le groupe vert’libéral est ressorti décimé des dernières élections, mais il a quand même accentué son profil de centre-gauche. Il se positionne à -2,7. En comparaison, il était à -2,1 en 2008. Le groupe se montre très homogène. Seul le président Martin Bäumle (-2,3) est un peu plus à droite que les autres. Le glissement à gauche du PBD est plus marqué que celui des Vert’libéraux. En cinq ans, sa moyenne a évolué de 1,1 à 0,2, ce qui le place juste à gauche du PDC.

Plus uniforme et encore plus à gauche: voilà l’image du PS au début de la nouvelle législature. Les socialistes, qui se trouvent plus fréquemment minorisés sur les thèmes de politique sociale, ont accentué leur esprit d’opposition. Après le retrait de Stéphane Rossini et l’élection de Daniel Jositsch (ZH) au Conseil des Etats, l’aile socio-libérale n’est plus incarné que par Chantal Galladé (-6,6).

Avec une moyenne de -9, les Verts se situent nettement plus à gauche que le PS (-8,3). Avec -7,9, Daniel Brélaz est cependant plus à droite que la moyenne des socialistes. Malgré la présence en son sein du popiste neuchâtelois Denis de La Reussille (-9), le groupe des Verts est plus compact que les socialistes.


Le grand écart socialiste au Conseil des Etats

Liliane Maury Pasquier est la sénatrice la plus à gauche. Et le PDC y gagne le plus de votes. Mais la transparence des votes reste partielle

Durant la dernière législature, une porte s’est entrouverte au Conseil des Etats, qui permet d’analyser le comportement des sénateurs lors des votes. Le système électronique a été introduit en 2013. Il est cependant partiel: il enregistre tous les scrutins, mais seuls les votes finaux ainsi que les votes sur l’ensemble et sur le frein aux dépenses sont publiés. A la demande de 10 membres du conseil, d’autres votes nominatifs peuvent aussi être rendus publics. Mais cela arrive rarement. Le Conseil des Etats ne souhaite pas pousser la transparence au-delà du strict nécessaire. Cette prudence complique l’évaluation, car la non-publication des votes intermédiaires empêche d’avoir une idée claire du rapport de force lors de l’élaboration d’une loi disputée. Ainsi, la pondération des votes disponibles donne une image plus harmonieuse de la petite Chambre qu’elle ne l’est en réalité.

Les 237 scrutins analysés donnent cependant une idée de la structure politique du Conseil des Etats. Elle fait ressortir les deux personnalités qui occupent les pôles. A l’extrême gauche se trouve la Genevoise Liliane Maury Pasquier (-9,5), qui s’était déjà fait remarquer au Conseil national par ses positions très marquées. A droite, le combattant solitaire est, comme au Conseil national, un UDC schwyzois: Peter Föhn.

Le PDC remporte le plus de succès

Alors que, au National, le PDC repose sur le spectre le plus large, il s’affiche plus compact au Conseil des Etats. Le flanc gauche est occupé par Erich Ettlin (OW) et Anne Seydoux-Christe (JU), avec une valeur de 1,2. Sur le côté droit, on trouve les deux Valaisans Beat Rieder et Jean-René Fournier (2,4).


Le PS est l’exact contraire du PDC. Les socialistes paraissent homogènes au Conseil national. Aux Etats, l’écart est très grand, allant de -9,5 à -1,6, qui est la cote du Zurichois Daniel Jositsch. Le système électoral majoritaire qui prévaut au Conseil des Etats permet au PS d’y être représenté par des personnalités pouvant exprimer leurs positions de manière plus libre; c’est le cas de Daniel Jositsch. Avec la cote -2,9, le Vert genevois Robert Cramer se situe très loin des conseillers nationaux écologistes. C’est l’un des effets secondaires de la publication partielle des votes des sénateurs. De même, la majorité des socialistes se situent nettement moins à gauche que leurs collègues du National.

Indices de glissement

Le PLR apparaît comme une cohorte alémanique renforcée par trois baroudeurs de la Suisse latine. Tout à droite se trouve l’ancien conseiller d’État grison Martin Schmid (4,2). Et ce sont le Vaudois Olivier Français (1,6) et le Tessinois Fabio Abate (1,3) qui se positionnent le plus à gauche parmi les conseillers aux Etats PLR. Le Neuchâtelois Raphaël Comte ne peut être évalué, car il a présidé le conseil cette année et n’a quasiment jamais voté.

On relève aussi des indices de glissement à droite au Conseil des Etats, mais sans que cela représente un infléchissement fondamental. Contrairement au National, c’est le PDC et non le PLR qui remporte le plus de votes. Mais la distance entre ces deux partis s’est rétrécie.

(Traduction et adaptation Bernard Wuthrich)

Lire aussi, à propos du ranking 2014: Le clivage gauche-droite accentue le fossé entre Romands et Alémaniques


Méthode américaine

Réalisé par l’institut indépendant de recherche et de sondage sotomo de Zurich, dirigé par le sociogéographe Michael Hermann, le rating du Conseil national est calculé depuis 2012 selon la méthode «DW Nominate». Pour le Conseil des Etats, c’est le système «Alpha Nominate» qui est utilisé depuis 2015.

Ces méthodes ont été développées pour le Congrès américain et illustrent l’orientation idéologique des parlementaires sans qu’il soit nécessaire d’évaluer chaque vote individuel. Les valeurs du rating sont établies par la comparaison des parlementaires par paires. Plus les votes de deux élus coïncident, plus ils sont proches l’un de l’autre. «DW Nominate» permet par ailleurs d’établir des tendances et de comparer ainsi les positions de chaque parlementaire dans le temps. Les bases de données étant différentes, les valeurs de rating du Conseil national et du Conseil des Etats ne peuvent pas être comparées directement. Le rating des parlementaires paraît dans Le Temps depuis 1999.

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