Genève

La gourmandise politique du docteur Morel

Philippe Morel, candidat PLR au Grand Conseil, n’a peut-être pas fait le deuil du Conseil d’Etat. Très offensif médiatiquement, il veut promouvoir son projet de santé pour Genève. Une tactique qui pourrait cacher une ambition: revenir après le premier tour

D’ordinaire, les candidats au Grand Conseil genevois assurent leur campagne eux-mêmes. Aussi, fut-on surpris lorsqu’un chargé de communication très insistant vint nous faire l’article du docteur Philippe Morel, député PLR au Grand Conseil, qui détiendrait des solutions salvatrices pour le système de santé genevois. La surprise s’accrut encore lorsque le médecin, interpellé sur ce communicant, nia qu’il en eût un. Pour l’avouer quelques jours plus tard, un peu contrit mais plus en verve que jamais.

C’est que le docteur Morel est un homme très occupé. Au bloc opératoire des Hôpitaux universitaires genevois comme en politique. Mais est-ce bien raisonnable de s’associer à un professionnel des relations publiques alors qu’on n’est que candidat au parlement, sortant de surcroît? Bien sûr, quand on a un projet visionnaire sous le coude. Mais il y a une autre réponse possible, qui vient de ses propres rangs: si Philippe Morel est si agité, c’est peut-être qu’il convoite d’autres sommets. Il n’aurait en effet pas digéré d’avoir été écarté de la course au Conseil d’Etat, lorsque son parti a lancé un ticket à trois. Savoir Pierre Maudet ainsi que les députés Nathalie Fontanet et Alexandre de Senarclens, investis de la mission de reconquérir le troisième siège perdu en 2013. Si l’élection de Pierre Maudet est pliée, celle des deux députés n’est pas acquise. Comme ils sont aussi candidats au Grand Conseil, leurs scores pourraient représenter un test grandeur nature de leur popularité et, partant, de leurs chances à l’exécutif. Or le règlement d’application de la loi sur l’exercice des droits politiques permet désormais d’ajouter de nouveaux candidats à une liste après le premier tour. Philippe Morel songerait-il, pour le cas où il caracolerait loin devant les deux députés, de réapparaître en homme providentiel?

«A disposition de mon parti»

«Non, si j’ai eu l’ambition du Conseil d’Etat, je respecte totalement le vote démocratique du PLR et ne nourris aucune amertume ni illusion», répond l’intéressé, avant d’ajouter: «Mais je suis à la disposition de mon parti.» Pour ceux que l’ambition taraude, le verrouillage d’une porte ne saurait condamner la fenêtre. Mais Philippe Morel le jure: c’est uniquement son projet de santé qu’il veut défendre, projet qu’il a largement contribué à élaborer au sein du PLR. Il s’agit d’une véritable planification cantonale incluant les cliniques privées et dont l’absence mettrait Genève en échec: «En s’attaquant aux primes, on s’attaque à la fumée, pas au feu.» Le pompier Morel souhaite convaincre par tous les moyens.

Pour ce faire, il eût sans doute mieux valu un fauteuil de ministre qu’une chaise de parlementaire. «Qu’il fantasme encore sur le Conseil d’Etat, c’est possible mais illusoire», estime un député PLR. Pierre Conne, qui avait soutenu un ticket à quatre, est un peu plus nuancé: «En politique, tout est possible. Mais mon pronostic personnel est négatif. Le PLR est soucieux de prévisibilité.» Un autre: «Changer de crémerie entre les deux tours, il n’y a que lui pour y croire. Il n’est pas assez extraordinaire pour mettre en cause la logique des mécanismes internes au parti.» Une analyse partagée par le trublion Eric Stauffer, au volant de son nouveau parti, Genève en Marche (GEM): «Nathalie Fontanet et Alexandre de Senarclens sont des produits d’appareils. Le PLR ne prendra jamais le risque de les flinguer.»

«Il restera le porte-gobelet du PLR»

En revanche, la logique de GEM est tout autre. Eric Stauffer et Ronald Zacharias ont d’ailleurs tout tenté pour rallier Philippe Morel à leurs rangs, la plus sûre manière de faire obstacle au ministre de la Santé MCG, Mauro Poggia. Aussi, certains PLR n’excluent pas que le chirurgien, transfuge du PDC, épouse GEM après le premier tour. «Sauf que nous n’en voulons plus! s’exclame Eric Stauffer, vexé par son refus. C’est trop tard, il a prouvé son inconstance. Philippe Morel eût été un candidat valable pour nous, mais il restera le porte-gobelet du PLR.» Pour le populiste onésien, le médecin s’est laissé berner par certains poids lourds de son parti qui lui auraient fait miroiter le grand retour. Mobile: éviter qu’il ne bascule à GEM, Philippe Morel ayant déjà rayé d’autres planchers. Mais GEM, Philippe Morel n’aime plus: «J’ai bien réfléchi à la proposition d’Eric Stauffer, mais ma décision est irrévocable. C’est exclu.»

Exit donc le scénario girouette. Même si, de l’aveu d’un collègue de parti, «il y a un mystère Morel qu’on n’est pas près de lever». Ainsi, il y a quelques jours, il faisait son coming out salarial sur le plateau du 19h30 de Darius Rochebin, brandissant un revenu imposable de 672 275 francs. L’exercice, bien que courageux, a déplu au PLR pour qui le chirurgien a perdu le nord en voulant démontrer qu’il ne gagnait pas tant que cela. Mais rien n’est trop périlleux quand on recherche la lumière, que ce soit par conviction ou par convoitise. Fidèle à sa stratégie offensive, le docteur ne saurait donc reculer. A Mauro Poggia qui relève, dans la Tribune de Genève, que pour un tel salaire Philippe Morel doit travailler 11,5 heures par jour, 365 jours par an, celui-ci rétorque: «C’est de la rigolade! Je travaille beaucoup plus que onze heures par jour! J’invite Mauro Poggia à venir passer un week-end avec moi.» On imagine l’échange: «Allô, docteur?» Léger flottement: «Bonjour, son chargé de com’ à l’appareil.»

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