Entre 2007 et 2011, la politique agricole de la Suisse va prendre un nouveau tournant décisif. La question est déjà politiquement brûlante. Elle figurait à l'ordre du jour du Conseil fédéral mercredi et Joseph Deiss avait annoncé qu'il en présenterait les grandes options à la fin de la séance. Chose rare dans la mécanique de l'information fédérale, le ministre de l'Economie n'a pas pu honorer cet engagement. Son projet, qui faisait l'objet d'un très relatif consensus dans les milieux agricoles, a semble-t-il suscité des réactions très contrastées de la part de ses collègues, ce qui l'a conduit à le retirer de la discussion.

Le rythme auquel doit se dérouler la restructuration de l'agriculture doit faire l'objet d'une évaluation supplémentaire, a commenté le porte-parole du Conseil fédéral, le vice-chancelier Achille Casanova. Ce rythme conditionne en effet plusieurs paramètres de la nouvelle politique agricole, à commencer par son cadre financier. Actuellement, le nombre des exploitations agricoles diminue au rythme de 2,5% par année. S'il devait être accéléré, la mise en place d'une forme de plan social devrait se révéler nécessaire.

A l'intérieur de son département, Joseph Deiss a déjà dû arbitrer, au bénéfice de la seconde, entre la vision du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) et celle de l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG). A l'unisson des exigences posées par les milieux économiques et une partie de la droite, le Seco demeure partisan d'une profonde et rapide libéralisation de la politique agricole et d'une diminution de l'engagement de l'Etat, avec un plan social pour assumer les dégâts. L'OFAG tend naturellement à rendre le plus possible supportables les retombées et des difficultés financières de la Confédération et des décisions de l'OMC. Celles-ci resteront de toute manière extrêmement rudes pour la paysannerie.

Coupes dans les aides au marché

Techniquement, la tendance est à une très forte réduction de ce qui subsiste des aides au marché, en particulier dans le domaine du lait, l'intervention de l'Etat devant se concentrer sur les paiements directs. Cette évolution va dans le sens des exigences de l'OMC. Exemple concret, le soutien de la Confédération au prix du lait transformé en fromage serait progressivement remplacé par une prime à la vache. Politiquement, les questions les plus sensibles concernent le montant global de l'enveloppe quadriennale, l'orientation de l'évolution et son rythme.

Le montant proposé par Joseph Deiss, 13,8 milliards entre 2007 et 2011 est contesté par le Département des finances de Hans Rudolf Merz et par une partie de la droite. La position politique de Christoph Blocher, partisan d'une libéralisation totale de l'agriculture, demeure ambiguë mais sa mise en œuvre aboutirait à des effets ravageurs pour la paysannerie, qui constitue pourtant une partie de l'électorat de l'UDC. La gauche – en l'occurrence Micheline Calmy-Rey et Moritz Leuenberger – est pour la suppression du soutien au marché pour des raisons idéologiques et met l'accent sur les paiements directs écologiques. Elle veut continuer à soutenir même les plus petites exploitations, censées être plus proches de la nature.

C'est un autre volet de la polémique. Faut-il soutenir, avec des moyens nécessairement réduits, toutes les exploitations, y compris celles qui sont menées à titre accessoire, ou concentrer l'aide sur les exploitations plus grandes, à même de faire vivre une famille? De la rapidité de la restructuration dépend en partie son efficacité. Vaut-il mieux frapper un seul coup plutôt que diluer dans la durée la potion amère, à condition de se donner les moyens de traiter socialement le choc? Sur ces questions, comme sur beaucoup d'autres, plus techniques, le Conseil fédéral est apparemment extrêmement divisé et s'est révélé mercredi incapable de prendre une position.