Les réformes partielles créent autant de problèmes qu'elles en résolvent. D'autres réorganisations ont été envisagées ces dernières années, à commencer par l'idée de créer un grand Département fédéral de la sécurité, regroupant les tâches de sécurité civiles et militaires entre les mains de Samuel Schmid. Christoph Blocher, bien évidemment, n'en a pas voulu. Il est vrai que la manœuvre aurait laissé exsangue le Département de justice et police. Et c'est bien là la difficulté majeure d'une telle opération: en résolvant un problème, elle en crée d'autres en entraînant de nouveaux déséquilibres.

La création d'un Département de la sécurité répond à la même logique que la réunion sous un même toit des activités liées à la formation. Elle se justifie encore beaucoup plus aujourd'hui qu'à l'époque où Adolf Ogi en avait émis l'idée.

La sécurité aux frontières et la sécurité intérieure, la menace extérieure et la menace intérieure sont de plus en plus indissociables. Le Département de la défense n'est-il pas justement engagé dans un processus de concertation avec les chefs des départements cantonaux de justice et police? Mais, limitée à deux Départements, la manœuvre revient à «dépouiller Pierre pour habiller Paul». Elle en aurait même touché trois, les gardes-frontière, qui dépendent du Département des finances, étant également concernés. Le Conseil fédéral est-il dès lors condamné à une réforme globale?

Nourrir la réflexion

Dans un postulat déposé un juin dernier, le radical neuchâtelois Didier Burkhalter proposait de procéder à une refonte complète de la composition des sept départements, dans l'idée de nourrir la réflexion du président de la Confédération.

Didier Burkhalter refuse aujourd'hui d'entrer en matière sur l'un ou l'autre remaniement partiel. Il est à son avis indispensable de procéder à une refonte complète, avec un objectif plus ambitieux qu'une seule nouvelle répartition de la matière. Il s'agirait, en éliminant les blocages et en favorisant les synergies, de permettre aux énergies positives du Conseil fédéral de s'exprimer. Le Neuchâtelois propose même d'aller encore plus loin et d'associer aux travaux sur la réforme du gouvernement une réflexion sur le renforcement de la présidence de la Confédération.

Il paraît douteux que Moritz Leuenberger nourrisse d'aussi vastes ambitions, d'autant plus que sa mission arrive à échéance, à la fin de l'année, avec son mandat présidentiel. L'intérêt de la proposition de Pascal Couchepin est qu'elle paraît réalisable entre les deux départements concernés, sans nécessiter une réforme globale.

Le ministre de l'Intérieur devrait sans doute céder à sa collègue Doris Leuthard quelques miettes supplémentaires de son empire. Par exemple, l'idée de créer un Office fédéral de l'agriculture et de l'alimentation, qui verrait le départ du contrôle des denrées alimentaires vers l'OFAG, est toujours d'actualité. On peut encore envisager de compléter de façon plus généreuse encore les tâches du Département de l'économie, avec l'Office de l'énergie, à détacher quant à lui du département de Moritz Leuenberger. On a pu entendre cette idée à Berne, mais il est fort douteux que l'intéressé soit d'accord.